Buraglio chez Balzac (par Sylvie).
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Voilà deux noms et deux bonnes raisons d'aller sur la colline de Passy, dans le XVIème arrondissement de Paris. C'est sur cette butte, rattachée à Paris en 1860, que Balzac s'est installé en 1840 et a vécu jusqu'à sa mort dix ans plus tard dans une dépendance de l'hôtel particulier du 47 rue Raynouard. L'ensemble est devenu musée municipal en 1949 et s'étend aujourd'hui sur trois niveaux. Le jardin/salon de thé donne
à voir la tour Eiffel, diverses luxueuses terrasses arborées (photo 1) et l'étroite et pentue rue Berton en contrebas où la pierre indiquant la limite entre Passy et Auteuil est toujours là. Le monde a changé mais l'antre de l'écrivain - son fauteuil et sa modeste petite table, comme sa très prétentieuse canne à pommeau d'or et de turquoises - ainsi que les très nombreux documents, révèlent la personnalité de l'immense écrivain et de sa prolifique "Comédie humaine".
Pierre Buraglio est peintre et dessinateur d'origine italienne, né à Charenton Le Pont en 1939. Grand lecteur, il a été choisi par les instances du musée pour l'empreinte balzacienne de son oeuvre. Son profil correspondait au prix Balzac, né en 2021, pour la mise en valeur des lieux. Et le quartier, qui a subi de nombreuses transformations, lui a rappelé sa propre maison familiale
du Val de Marne qu'il évoque là par quelques détails, une silhouette toute en hauteur, une cheminée (photo 2). Cet artiste s'est fait connaitre dans les années 60 autour du mouvement "Support-Surface" qui remettait en question les supports traditionnels. Il est un habitué des va et vient entre art et littérature, entre réalité et projet. Féru de la fresque balzacienne, de sa richesse et des tâtonnements de l'auteur, il s'est trouvé une affinité de travail, oeuvrant " avec, d'après , autour.." dans une approche poétique ou humoristique mais toujours admirative de l'écriture, de la conception romanesque et de l'universalité des thèmes. Parmi les oeuvres réalisées expressément pour l'exposition figurent des dessins plus anciens, parfois retouchés, devenant autres.
Les trois fusains sont des croquis de la fameuse sculpture de Balzac par Rodin, conçue en 1898 et qui a trouvé sa place dans les années 30 au carrefour des boulevards Montparnasse et Raspail. Buraglio a capté en quelques traits brefs l'ampleur, le mouvement et la force de vie du personnage Et, de ce dessin "d'après", il a fait l'objet d'une proposition de page de couverture de "La comédie humaine". Rien ne se perd. (3)
La partie inférieure du "portrait du regardeur caché" (4) suscite l'imaginaire, Au spectateur - autre
regardeur - de compléter mentalement ce portrait clin d'oeil. De
même le visage sans traits de l'homme cravaté de bleu (4 bis) est un vide actif, anonymat figuratif associé au nom d'Emmanuel Bove, il renvoie à un écrivain d'une sensibilité extrême dont le héros tend à s'effacer.. Buraglio homme de culture...
Dans l'installation "Traité de la vie élégante" (5) une série de cravates suspendues, assemblées, d'une potentialité picturale évidente, côtoient une pseudo page de l'ouvrage, tel un mode d'emploi de cet accessoire de mode pour tous. Dans le grand vide des deux visages(6) se devine la société entière. L'oeuvre est surmontée d'une citation de Balzac manuscrite:" Ni le peintre, ni le poète, ni le sculpteur ne doivent séparer l'effet de la cause qui sont invinciblement l'un dans l'autre" (in Le chef-d'oeuvre inconnu").Balzac,
L'exposition présente quelques brouillons de Balzac, les épreuves d'imprimerie diaboliquement
chargés de corrections ( 8, à droite) d'un perfectionniste à la recherche de justesse . De là l'intérêt toujours plus grand pour les multiples personnages de ses romans. On raconte que certaines épreuves furent renvoyées sept fois. De la destruction peut naitre la création. Avec ses assemblages, agrafages, camouflages, masquages et caviardages qui ont fait sa marque de fabrique, le peintre s'inscrit fort dans les pas de l'écrivain, preuve à l'appui : Dans le "Memento caviardé" ,1990 (9, à gauche), le gribouillé cache les rendez- vous passés mais les laissent latents. Ces deux espaces simultanés signent le passage du temps. Ah qu'il est difficile de faire table rase du passé !
Oui, Buraglio et Balzac font bon ménage sur la 13ème colline de Paris.
Buraglio à l'épreuve de Balzac, à la Maison de Balzac, 47 rue Raynouard, 75016 Paris. Jusqu'au 4 septembre.
































L'installation Presque innocente de Marie Anne Franqueville nous plonge dans son univers fantastique. Les objets en cristal extrêmement fins disposés sur une table d'autopsie nous frappent d'abord par leur fragilité, leur délicatesse et la perfection de leur réalisation (photos 4 et 5). Mais ne nous y trompons pas, l'idée de souillure avoisine ici avec celle de pureté. En effet chacun de ces objets représentent les organes d'une vierge devenus meurtriers. Décorés d'un fin réseau veineux rouge, ils sont tous munis de pièges inventés par l'artiste. Ainsi la carafe représente un utérus dont la propriétaire peut, grâce au bouchon, rester maitre de son utilisation. Les cloches munies de pointes sont des seins, le peigne dont les dents rappelle la ceinture de chasteté est un sexe féminin et les deux verres avec leurs piques munies de crochets symbolisent les ovaires....









"Le jeune Qiang lisant", de 1485, encre et couleur sur papier, 151,8x64,5cm, est l'oeuvre du poète renommé Shen Zhou (1427-1509). C'est un mélange de représentation paysagère et description de la vie quotidienne comme le pratiquaient les peintres à partir de cette dynastie .Au premier plan la maisonnette/ cabinet d'étude dans sa clairière où le jeune homme est absorbé par son travail. A l'arrière plan, des reliefs montagneux. L'atmosphère est sereine comme devait la chercher le peintre pour se tenir à l'écart des luttes de pouvoir. L'encre est pâle et rudes sont les traits selon la dernière manière de l'artiste vieillissant. (photo 6).







au corps étiré à l'extrême qui se détache sur un fond de grisaille. N'est-il pas proche des fines silhouettes gravées il y a fort longtemps sur des rochers d'Afrique ? Les lignes tracées au pinceau sur Sazusagen (1933) 





















