20.10.2008
Anthony Caro (par Sylvie)
Le moment est propice à un grand saut dans l'oeuvre du sculpteur anglais Anthony Caro. Après une rétrospective au Musée des Beaux-Arts d'Angers, c'est au tour de la galerie Templon, à Paris, de montrer une dizaine d'oeuvres des années 2000 de cet artiste de 84 ans qui a profondément influencé la sculpture de la seconde moitié du XX ème siècle.
D'abord assistant de Henry Moore, sa rencontre avec David Smith aux Etats-Unis, a déterminé son orientation. Il s'attache alors aux objets industriels métalliques. Par soudure, assemblage, parfois peinture, il fait de ces récupérations des constructions abstraites , très petites ou monumentales, où s'allient le convexe et le concave, le plein et le délié, le mat et le poli. Des formes approximatives, des associations d'idées ou des changements d'échelle leur confèrent un humour, une légèreté qui contraste avec leur aspect massif..Chez Templon, "Solo Piano" (2006-2007, acier galvanisé,140x185x79 cm) évoque, avec un médium manufacturé, des travaux d'artisan."Yellow room" (2005-2006, acier et fer moulé, galvanisé et peint, 186x 230x180cm) réunit dans une dimension architecturale des angles, des ouvertures, des chassis et de la couleur, un pan de jaune bouton d'or porteur de chaleur et de vitalité. (photos).
On aurait tort de s'arrêter là puisque l'actualité met Anthony Caro au premier plan. En effet, trois musées du Nord - Calais, Dunkerque, et Gravelines- présentent trois angles de vues complémentaires d'une production de quarante ans. De plus, une oeuvre, répondant à une commande publique, vient d'être inaugurée à l'église Saint Jean Baptiste de Bourbourg, dans la même région.
Cette création, pensée pour un édifice gothique durement touché pendant la dernière guerre, est composée, fait rarissime, d'un ensemble intitulé "choeur de lumière": 15 sculptures en métal réparties en cercle dans les niches de l'abside (photo), sculptures-tours en chêne autour des piles, chaire, cuve baptismale en béton blanc, tout un mobilier lithurgique et, à l'exterieur, faisant la liaison entre espace public et espace sacré, une sculpture en forme de porche circulaire en acier Corten, un alliage à l'aspect corrodé et patiné, d'une très grande résistance aux conditions atmosphériques (photo).
Dans ce sanctuaire religieux, Anthony Caro n'a pas dévié de ses préférences : les matériaux qui en font l'unité, acier ondoyant ou rigide, bois, terre cuite (photo) ou béton sont toujours d'une densité abrupte. Sur le fond de gothique, un faire-valoir respectif et un dialogue architecture, sculpture et art sacré s'établit. Cette oeuvre épurée et expressive, éminemment contemporaine - elle devrait en choquer certains - a une dimension intemporelle.
Depuis les débuts d'Anthony Caro avec le métal dans le années 60 - et avant lui Picasso et Gonzales, d'autres artistes ont délaissé les matériaux traditionnels de la sculpture au profit de ce médium propre à la modernité. Les mathématiques ayant permis l'exploration de ses capacités, l'espagnol Chillida, le Français Bernard Venet ou encore l'américain Richard Serra en ont conçu des oeuvres résolument gigantesques. Il ne s'agit plus d'objets mais d'un rapport à l'espace.
Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg, 75003, Paris. Jusqu'au 3 novembre 2008.
"Sculptures d'acier" au LAAC de Dunkerque. "Les barbares" au Musée des Beaux-arts et de la dentelle, Calais. "Papiers et volumes" au Musée de Dessin et de l'Estampe originale, Gravelines. Jusqu'au 23 fécrier 2009.
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15.06.2007
John Chamberlain, ou le métal peint

Pour l'anniversaire des 80 ans de John Chamberlain, la Galerie Karsten Greve expose, jusqu'au 30 juin, ses sculptures récentes. Il reste donc une quinzaine de jours pour admirer cette série d'oeuvres et saisir d'un seul regard le lien qui unit l'expressionnisme abstrait des années 50 et le Pop Art des années 60.
De la spontanéité et de la rapidité apparente d'exécution se dégage une énergie qui apparente Chamberlain à la génération des de Kooning et Pollock. L'utilisation de matériaux de la société de consommation à des fins créatrices le rapproche de celle de Rauschenberg et d'Oldenbourg. Enfin son élégance, son art de la soudure en font un enfant de David Smith.
Bien qu'exécutées récemment ces oeuvres sont une merveilleuse synthèse des courants majeurs de l'art américain de la 2ème moitié du XXème siècle.
Des expressionistes on retiendra la rapidité et la spontanéité (apparentes) d'exécution qui donnent aux oeuvres une énergie, une vivacité que renforce la qualité du matériau utilisé. En effet, comme César à la même époque en France, mais de façon bien différente, Chamberlain utilise des carcasses de voitures. Il exploite toutes les ressources de la tôle dont il met en évidence les qualités physiques (facilité de froisage, couleur, brillance) et qu'il transcende.
Il sait à merveille capter les reflets des tôles colorées qui se tordent sous la pression du pliage. Froissées avec vigueur comme il le ferait d'une feuille de papier, le métal acquiert légèreté, souplesse et une tension se crée entre la force du matériau et la sensualité du pliage. La ligne apparaît et disparaît avec une insaisisable habileté.
Voyons notamment une oeuvre comme "Whimzee" (photo 1) qui date de 2005, emblématique de l'ensemble. Une impression de grande simplicité et de légèreté s'en dégage. Plusieurs facteurs provoquent cette sensation : l'utilisation de 3 couleurs seulement, (noir, blanc, bleu) ; le fait qu'elle ne repose que sur quelques pointes, l'utilisation du noir de la tôle dans sa partie inférieure et du blanc dans la partie supérieure, la forme triangulaire bordée de bleu qui la coiffe et font penser à des ailes. Légère, elle se tient entre ciel et terre.
Telle une fleur d'acier, "Ornament of melody" de 2006 (photo 2) déploie, dans sa partie supérieure, des couleurs rutilantes (vert, rouge, orange) ; elles coiffent un chiffonage aérien de tôle noire et blanche. Pour exalter et capter au mieux la lumière, Chamberlain revernit genéralement l'ensemble de ses sculptures. cette façon de faire leur donne un incomparable velouté.
Du très grand art !
Galerie Karsten Grave - 5, rue Debeylleyme, 75003 (01 42 77 19 37), du mardi au samedi de 11 h à 19 h. Jusqu'au 30 juin.
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28.03.2007
Sarkis au Musée Bourdelle
Sarkis au Musée Bourdelle
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Allez voir comment Sarkis, un artiste turco-arménien, ranime les oeuvres un peu endormies de Bourdelle en intervenant sur leur lieu d'exposition.
Il a tendu un grand velum orange dans toute la salle dite "des plâtres" créant une lumière ensoleillée presque méditerranéenne, qui redonne vie à une statuaire fantomatiquement blanche, et, il faut bien le dire, assez grandiloquente. Comme un clin d'oeil aux origines grecques de cette sculpture.
La tête du fameux "Centaure mourant" semble inclinée non seulement par faiblesse mais par manque d'espace : le velum bouleverse l'échelle. Les sculptures dont la taille s'ajuste à celle de la nouvelle dimension de la pièce deviennent plus humaines, plus proches, plus denses ; par contre celles pour lesquelles il a fallu percer le velum ("La vierge à l'offrance", "La France") et dont la partie supérieure est dissimulée au regard, paraissent encore plus grandes.
Reste à savoir si ce travail n'est pas plus celui d'un scénographe que celui d'un véritable créateur ? Qui nous dira comment qualifier ce type de démarche ?
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