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13/12/2011

JUDITH SCOTT (par Sylvie)

Elle était sourde, muette et atteinte de trisomie. Personne n'aurait pu augurer que cette américaine, Judith Scott (1943-2005) serait un jour considérée comme l'une des grandes figures de l'Art Brut.

Car ce n'est que dans la seconde institution pour handicapés, le Creative Growth Art Center d'Oakland (Californie) où la conduite sa soeur jumelle en 1985 qu'elle a trouvé à s'épanouir à travers la manipulation de textiles. A 40 ans passés.                                                                                                              Foin de tissages traditionnels mais une sorte d'embobinage autour d'objets choisis et assemblés, aussi hétéroclites qu'ils puissent être. Un parapluie ou un skateboard peuvent faire l'affaire. Elle en fait des cocons multicolores plus ou moins ventrus ou étoffés, dont il émane une vie presque animale par la puissance de suggestion. Oeuvres figuratives? pas vraiment, plutôt anthropomorphes ou organiques. Et telles des fétiches elles semblent détenir un secret. 

Suspendus ou posés au sol, ces chrysalides laissent voir le minutieux, répétitif et pourtant très libre travail de confection. Chaque brin de laine, de ficelle, de cordelette ou de morceau d'étoffe trouve sa justification. La matière même des fibres et leur positionnement, l'enroulement serré ou lâche, avec des noeuds, des raccords, des effilochages, des ruptures sont, diront certains, eminemment féminins. Et de rapprocher ce travail aux frontières de l'art de celui de Louise Bourgeois ou d'Annette Messager. 

Judith Scott 400_diapositive20-2-19845.jpgVoilà trois "cailloux" qui reflètent les couleurs de la nature, son irrégularité pourtant harmonieuse, une densité de rochers, un plein lourd de sagesse. (photo 1) dont on ne sait pourtant pas de quoi il est fait.

 Ce pourrait être un oiseau en vol, mais plutôt une carcasse d'oiseau (photo 2), un écorché blanc de chair, rouge de sang, presque gai de ces couleurs. Mais sans tête, sans plumage, avec un ventre qui, à la différence des rochers ci-dessus, semble anormalement gonflé, maladif, un plein de vide. Qui est à exorciser?

 

 Judith Scott 002 (2).jpg Judith Scott 002 (1).jpgLe jaune et le noir griffés courent le long de cette tige qui transperce une coque violette et douillette (photo 3). Allusion sexuelle ou instrument à corde?

 Cet art brut me dit que tout est possible, que la création est gouvernée par l'imaginaire, la richesse émotionnelle et une dextérité instinctive éblouissante.

A voir absolument, et vite.

Judith Scott "Objets secrets", au Collège des Bernardins, 20 rue de Poissy, 75005, Paris. tel: 01 53 10 74 44. Jusqu'au 18 décembre.

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07/10/2011

Giuseppe Gabellone (par Sylvie)

Parallèlement à l'exposition de Xavier Veilhan, la galerie Perrotin présente les oeuvres de 2011 d'un autre artiste, italien celui-là, Giuseppe Gabellone, né en 1973, dont la subtilité du travail m'a enthousiasmée.

A côté de son très médiatique voisin il tient parfaitement la route. La diversité de ses recherches débouche sur un mélange technique aussi bien dans les oeuvres elles-mêmes que dans leur multiplicité. On pourrait croire qu'il se disperse. Il n'en n'est rien. Le rapport sculpture, photographie, sérigraphie est perceptible au premier coup d'oeil, favorise une attention particulière et ouvre sur un univers des premiers âges, pétrifié.

Fumo 2011 giuseppe-gabellone-21778_1.jpgDes 32 tirages numériques je signalerai en particulier Fumo, en deux couleurs sur papier, cadre verre, 172x132x5cm. Une image extrèmement composée, en strates, qui peut faire penser à la capture d'un instant, dans certaines oeuvres du land-art. Sur le fond, un sol craquelé; posés approximativement aux quatre coins, des briques; par dessus s'étalent trois volutes parallèles de fumées dont on devine à peine qu'elles s'inscrivent sur une plaque de verre posée sur ces appuis. La troisième dimension, très présente,  le contraste des matières et les ombres rendent l'image troublante, à la fois tactile et évanescente.

Autre technique: les bas-reliefs (il y en a quatorze). Je les ai trouvé sublimes! Ils sont nés de moulages à la cire perdue de carton ondulé et retravaillés en aluminium. Approche surprenante, qui m'a parue assez nouvelle, d'un materiau- papier commun que Gabellone anoblise ainsi.

Gabellone 0028.jpgGabellone 0029.jpgGabellone OO30.jpgA titre d'exemple, quelques gros plans de Sans titre 2011 vous feront voir la surface métallique, polie, d'une grande douceur, pas du tout uniforme dans sa couleur puisqu'elle laisse apparaitre des opacités et des brillances, des noirs et des gris changeants selon la lumière ou le déplacement du spectateur. Elle est travaillée soit en incisions linéaires dont le graphisme évoque le tracé de constellations, soit en groupes de rayures parallèles aléatoires  comme un dessin au téléphone, ou encore en véritables trous à la noirceur profonde. L'artiste  visiblement aime complexifier les textures, en tirer d'insoupçonnables effets tout en préservant l'âme du support, sa constitution. Ni le métal ni le graphisme ne font oublier les lignes, la volumétrie et la légèreté du carton, ses longues tubulures aérées et son effilochage de bordure. Processus lent et très subtil qui m'a rappelé le travail, sur papier, toile ou bois, de Jean Degottex. ( A voir chez Berthet-Aittouarès à Art Elysées du 20 au 24 octobre)

Giuseppe Gabellone, galerie Perrotin, 76 rue de Turenne, 75003 Paris. tel: 01 42 16 79 79. Jusqu'au 15 octobre 2011.

28/09/2011

Bernar Venet (par Régine)

Cet été Bernar Venet a été présent sur tous les fronts :

Comme sculpteur il s'est imposé à Versailles avec les deux immenses arcs symétriques encadrant, tels une mandorle, la statut équestre de Louis XIV et dont la simplicité minimale mais grandiose servait magnifiquement la majesté du lieu.

Comme peintre : ses tabeaux de 2001 à 2011 ont été exposés à l'Hôtel des Arts de Toulon. En inscrivant en noir ou en pourpre sur des fonds de couleur saturée (jaune ou rose vifs, bleu ou or) des formules mathématiques il rendait celles-ci concrètes. Abstraction et figuration se trouvaient réunis et c'était magnifique.

Deux autres oeuvres sont encore visibles dans le splendide parc de la propriété Caillebotte au sud de Paris devenue Centre d'art et d'expositions et où se tient jusqu'au 23 novembre la biennale de la sculpture (la ferme Ornée, 8 rue de Concy, 91330-Yerres - Tél : 01 69 48 93 93).

Mais Bernar Venet est également dessinateur, graveur, lithographe, sérigraphe et les travaux qui en résultent sont actuellement exposés à la Galerie Pierre Alain Challier. Plus intimes, elles accompagnent des petites sculptures que le format rend précieuses.

La liberté des lignes qu'il trace et nomme "indéterminées", leur ouverture à l'espace, leur beauté formelle, leur élégance m'ont subjuguée.

Je retiens d'abord l'énergie et la sûreté du trait des deux de ces "lignes indéterminées" de 2005 (photos 1 et 2) GEDC0032.JPGGEDC0031.JPGexposées à droite dès l'entrée. Tracées d'un geste précis, enroulées sur elles-mêmes, elles n'ont ni commencement ni fin. Leur sensualité et leur puissance sont rendues par l'utilisation du fusain et d'un papier à fort grain, ce qui a permis à l'artiste de faire jaillir la lumière et de créer un hallo autour d'elles. En dessinant des ombres en perspective où ces lignes semblent reposer sur un sol, Venet agit en sculpteur donnant à les voir dans l'espace.

Les arcs de la sérigraphies "97,5 arcs" (photo 3)GEDC0041.JPG ne s'achèvent pas. Ils sont en communication avec un espace beaucoup plus vaste. Leur matérialité est rendue palpable par la couleur sanguine du fusain utilisé pour leur dessin. Venet les tient fermement en équilibre sur un sol tracé en noir et sur lequel s'inscrit leurs ombres.

En écho à la puissance de ce tracé répond l'apparente instabilité de la sculpture en acier Corten, de couleur rouille comme la sanguine, intitulée "Effondrement 216°5" (photo 4)GEDC0033.JPG. Les arcs de cercle gisent renversés sur une plaque de métal. Disposés dans un ordre aléatoire, abandonnés à eux-mêmes ils semblent être dans un équilibre provisoire. Sculpture émouvante par sa disponibilité à l'espace et à l'interprétation.

Le lien fort que l'artiste établit entre ses oeuvres sur papier et ses sculptures est concrétisé par la réalisation de sculptures présentoirs qu'il appelle ses "originaux multiples". Le coffret sculpture-estampe présenté ici a été réalisé spécialement pour la galerie (photo 5)GEDC0038.JPG. Sur un socle renformant un tiroir contenant six gravures originales de 2011 intitulées "lignes droites/désordre", il a disposé un effondrement de lignes droites. Se trouvent ainsi réunis en un seul objet sculpture et dessins. Les lignes de ces différentes estampes (photos 6 et 7)GEDC0040.JPGGEDC0039.JPG qui pourraient faire penser à des rails de chemin de fer, entraînent le regard à vive allure vers un espace inconnu. Elles contiennent tous les possibles.

Traversant l'espace vacant de la feuille de papier, le tracé de certaines gravures intitulées"Combinaisons aléatoires de lignes indéterminées "(photo 8)Combinaison aléatoire de lignes indéterminées, 1998, Gravure pointe sèche.JPG possède comme dans certaines oeuvres de Chillida le rythme du travail créateur, sa netteté, sa certitude et sa rigueur. Venet me semble alors plus proche du grand sculpteur basque que des artistes minimalistes tels que Kosuth ou W. Morris dont on l'a souvent rapproché.

Je terminerai avec une petite sculpture intitulée "9 lignes obliques" de 2009 (photo 9)GEDC0044.JPG également en acier Corten. Elle est toute simple : 9 sveltes bâtons, qui m'ont fait penser à 9 fusains sanguine, scellés sur un socle du même matériau, sont réunis en un faisceau. Sa simplicité a la force et la grâce de l'évidence. Matière et forme y sont miraculeusement mariés.

"Bernar Venet, Sculptures et estampes" - Galerie Pierre Alain Challier, 8 rue Debelleyme, 75003-Paris. Tél : 01 49 96 63 00. Jusqu'au 5 novembre 2011. 

02/07/2010

Wim Delvoye au Musée Rodin (par Régine)

Aussi provocateur que l'oeuvre du sculpteur belge Wim Delvoye était le pari d'exposer quelques unes de ses sculptures au Musée Rodin. Faire se côtoyer ddans le prestigieux cadre XVIIIème de l'hôtel de Biron les oeuvres d'un artiste rendu célèbre pour sa scatologique machine Cloaka reproduisant le processus de la digestion et ses cochons tatoués, était un défi. Non sans ironie, Wim Delvoye le relève avec panache, à travers quatre pièces.

- Wim Delvoye 014.JPGDans la cour d'honneur une immense tour de 10 m de haut se dresse devant nos yeux, véritable dentelle de métal dans le style gothique le plus flamboyant et dont la complexité des détails a été poussé à l'extrêmeWim Delvoye 017.JPG. Posée sur un socle ajouré, sa sophistication court circuite la simplicité du dôme doré des Invalides et la tour Eifel qui se profilent en toile de fond. Elle forme intentionnellement avec ces deux monuments si typiques du paysage parisien un triangle insolite et en active la présence. Fait en acier Corten, découpé au laser, et non en pierre, matériau noble dont on bâtissait les cathédrales, cette tour jette un pont entre plusieurs époques bien différentes et associe le sacré et le profane.  La rouille qui envahit peu à peu la teinte argent de l'acier souligne la fragilité de toute construction humaine si élaborée soit-elle. Faire une oeuvre très sophistiquée avec un matériau pauvre est typique du travail de Wim Delvoye qui fonctionne sur le télescopage d'objets, de matériaux ou d'idées antagonistes.

-Wim Delvoye 022.JPG A l'étage l'artiste a installé une réplique en miniature du portail de son atelier, également en acier finement travaillé. Comme Rodin qui déclina à satiété les différents éléments de sa porte de l'Enfer, Wim Delvoye énumére, avec humour, les thèmes de son vocabulaire plastique : la figure virile de M. Propre muni de son intestinWim Delvoye 024.JPG, les logos de MGM et de la Warner... Dans bruit de ferraille les portes s'ouvrent et se ferment sans interruption. Placée face à un miroir ce mouvement invite le visiteur à pénétrer dans la pièce ; ce va et vient aurait-il une connotation sexuelle ? Comme dans l'ensemble de son oeuvre le scatologique et l'esthétique s'y côtoient.

- Wim Delvoye 026.JPGPlus loin et en écho à la sculpture "Le Christ et Madeleine" de Rodin, deux pièces de bronze patiné appelées "Hélix" ressemblent de loin à une couronne d'épines déroulée. De près ells s'avèrent être une succession de crucifix placés horizontalement, en vrille, longue hélice qui rappelle la structure de l'ADNWim Delvoye 029.JPG. Science et religion auraient-ils partie liée ? Se trouve aussi bousculée notre vision habituelle du Christ en croix, toujours isolé et érigé verticalement.

-Wim Delvoye 031.JPGLa dernière oeuvre est la plus décapante. Faisant face à des vases grecs à figures rouges sur fond noir ayant appartenu à Rodin, Delvoye a transformé deux bombonnes de gaz en les ornant très soigneusement d'un décor similaire. Reproduction sur des objets triviaux de motifs qui font partie du fond de notre culture. Au milieu de tous ces chefs d'oeuvre le bonbonnes suggèrent sans doute la charge explosive de l'art contemporain, la possibilité d'utiliser toutes sortes de matériaux, le recyclage infini des images, etc..

Dommage qu'il n'y ait que quatre oeuvres : on reste un peu sur sa faim. L'iconoclasme de Wim Delvoye, qui tient peut être à ses origines belges,  force à une réflexion sur la condition humaine en faisant se heurter la perfection et le dérisoire, la fange et l'or, la religion et la science, les temps anciens et notre monde moderne

Musée Rodin, 79 rue de Varenne, 75007-Paris (01 44 18 61 10). jusqu'au 22 août 2010. Ouvert du mardi au dimanche de 10 j và 17 h 45.

11:40 Publié dans sculpture | Lien permanent | Commentaires (5)

23/05/2010

Georg Baselitz (par Sylvie)

Totems ou bonhommes de bois ?

Baselitz 1.jpgBaselitz 2.jpgLes deux grandes effigies de 3m de haut monobloc, en bois barbouillé de bleu, taillées sommairement dans des troncs, dégagent dans le vaste espace de la galerie Thaddaeus Ropac une force primitive et rassurante comme les statues de l’île de Pâques ou certains totems des Arts premiers. Un Collodi pourrait-il animer ces sortes de poupées de bois ?

Ce sont des figures maladroites, presque inachevées, comme le sont souvent les grands portraits peints tête en bas qui ont fait la renommée de cet artiste germanique, Georg Baselitz, né en 1938, un figuratif dans l’abstraction allemande des années 80. On peut les trouver laids parce qu’à peine dégrossis. C’est le propre de l’Art brut, il dérange.                                                             Toutes deux sont assises, droites dans leurs bottes (des godillots noirs mal équarris, bien ancrés dans le réel) le coude droit appuyé sur le genou, la main sur l’oreille (à l’écoute ?) et couverts d’une casquette blanche, carrée, très germanique sur laquelle est inscrit ou étiqueté le mot « zéro », un mot qui questionne : ont-ils la tête vide? Est-ce l’origine de l’œuvre, le bois, qui est peu de chose?

A regarder de plus près, ces formes élémentaires gardent sur elles les traces brutales de la hache et de la scie qui les a façonnées. On ne les caresserait pas de peur de se faire mal. Du fait même qu’elles sont peu détaillées, leur phallus est d’autant plus provocateur et agressif. La couleur bleue, un bleu de Prusse délayé au blanc qui m’a paru doux et gai, passé, semble-t-il à la hâte comme de l’aquarelle, laisse voir le bois naturel, la chair du support. J’ai cru sentir dans ce détail une trace évidente de l’attachement personnel et sensible de Baselitz à l’arbre, à la forêt, cette puissance métaphorique propre à la culture allemande et qui résume toute l’histoire de son peuple. Le bleu ne fait pas qu’habiller ces êtres monumentaux, il couvre leur visage comme le charbon celui des mineurs remontant à la surface, aussi noir que leur combinaison et rempli de lassitude. Les géants de Baselitz, mélancoliques et contemplatifs, dont les yeux dégoulinent de blanc ont l’air de s’interroger sur le monde, cherchant pathétiquement appui. Ils pourraient bien symboliser une forme de négation de l’individu comme le mot « zéro » sur leur casquette (qui se réfère à une marque de matériel pour peintres en bâtiment qui a fait faillite) alors que leur taille colossale impose l’image presque aveuglante du fantôme de l’histoire.

Pinocchio, le pantin de Collodi est devenu un enfant après le dur apprentissage de la liberté ; les bonshommes en bois de Baselitz seraient-ils, l’image d’une Allemagne longtemps muselée…qui a encore soif de liberté ?

Georg Baselitz, sculptures monumentales, galerie Thaddaeus Ropac, 7 rue Debelleyme, 75003 Paris. Jusqu'au 29 mai.

 

 

 

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14/02/2010

Claire Morgan (par Sylvie)

05022010_001.jpgFaut-il les appeler sculptures? leur volumétrie s'y prête mais il y a tant de transparence, de légèreté et d'air qui circule entre les composants qu'on serait tenté de qualifier les oeuvres de Claire Morgan, présentées à la galerie Karsten Greve, d'univers. Des univers flottants et fragiles comme des bulles de savon coloré de grande dimension où "la perfection et le désastre fusionnent" selon l' expression de l'artiste, une jeune irlandaise née à Belfast en 1980.

Pourquoi la perfection? parce que de près, les formes réalisées sont linéaires - parallélépipèdes, cubes, sphères; elles ont cette qualité de précision propre à la 05022010_003.jpggéométrie. Suspendues et maintenues régulièrement espacées par des fils de nylon à peine visibles, que la lumière transforme en pluie arachnéenne, leur présence a quelque chose de magique. Dans ce subtil entrelacs, les délicates pièces, plus ou moins translucides et dentelées, qui font l'étoffe des oeuvres, sont insérées ponctuellement comme des pierres précieuses aux tons parfois éblouissants: fraicheur du bleu de "The blues II" (photo 3), blancheur immaculée de "Part of the seam" (photo 1).

Alors pourquoi le désastre? Parce que de près le spectacle révèle sa véritable 05022010_004.jpgnature, faite d' insectes ou de multiples petits morceaux du plastique le plus ordinaire - le polyéthylène des sacs poubelles ("Clearing",photo 2) - déchiquetés et assemblés. Et dans ces sortes de cages en déchets il y a toujours un animal mort ou piégé, un oiseau, un renard, des papillons... Aussi beau soit-il, le poids de ce cadavre semble d'autant plus lourd que le piège est gracile et aérien.

Dépouillées et mysterieuses ces installations ambivalentes nous émerveillent et nous questionnent. La beauté et l'émotion m'ont gagnée devant cette combinaison silencieuse d'organique et d'inorganique qui pointe la fragilité et la brutalité du monde, le drame de l'humaine condition et l'impact de notre mode de vie sur la planète: une réflexion de moraliste et d'écologiste qui frappe par l'art rigoureux, complexe et habile, de lier la beauté du monde du vivant aux éléments les plus représentatifs de la pollution humaine.

"Life blood" de Claire Morgan, galerie Karsten Greve, 5 rue Debelleyme, 75003 Paris. 01 42 77 19 37. Jusqu'au 25 février 2010.

09:00 Publié dans sculpture | Lien permanent | Commentaires (0)

20/10/2008

Anthony Caro (par Sylvie)

IMG_1981.JPGIMG_1982.JPGLe moment est propice à un grand saut dans l'oeuvre du sculpteur anglais Anthony Caro. Après une rétrospective au Musée des Beaux-Arts d'Angers, c'est au tour de la galerie Templon, à Paris, de montrer une dizaine d'oeuvres des années 2000 de cet artiste de 84 ans qui a profondément influencé la sculpture de la seconde moitié du XX ème siècle.

D'abord assistant de Henry Moore, sa rencontre avec  David Smith aux Etats-Unis, a déterminé son orientation. Il s'attache alors aux objets industriels métalliques. Par soudure, assemblage, parfois peinture, il fait de ces récupérations des constructions abstraites , très petites ou monumentales, où s'allient le convexe et le concave, le plein et le délié, le mat et le poli. Des formes approximatives, des associations d'idées ou des changements d'échelle leur confèrent un humour, une légèreté qui contraste avec leur aspect massif..Chez Templon, "Solo Piano" (2006-2007, acier galvanisé,140x185x79 cm) évoque, avec un médium manufacturé, des travaux d'artisan."Yellow room" (2005-2006, acier et fer moulé, galvanisé et peint, 186x 230x180cm) réunit dans une dimension architecturale des angles, des ouvertures, des chassis et de la couleur, un pan de jaune bouton d'or porteur de chaleur et de vitalité. (photos).

On aurait tort de s'arrêter là puisque l'actualité met Anthony Caro au premier plan. En effet, trois musées du Nord - Calais, Dunkerque, et Gravelines- présentent trois angles de vues complémentaires d'une production de quarante ans. De plus, une oeuvre, répondant à une commande publique, vient d'être inaugurée à l'église Saint Jean Baptiste  de Bourbourg, dans la même région.

Cette création,  pensée pour un édifice gothique durement touché pendant la dernière guerre, est composée, fait rarissime, d'un ensemble intitulé "choeur de lumière": 15 sculptures  en métal réparties en cercle dans les niches de l'abside (photo), sculptures-tours en chêne autour des piles, chaire, cuve baptismale en béton blanc, tout un mobilier lithurgique et, à l'exterieur, faisant la liaison entre espace public et espace sacré, une sculpture en forme de porche circulaire en acier Corten,  un alliage à l'aspect corrodé et patiné, d'une très grande résistance aux conditions atmosphériques (photo).

Dans ce sanctuaire religieux, Anthony Caro  n'a pas dévié de ses préférences : les matériaux qui en font l'unité, acier ondoyant ou rigide,  bois,  terre cuite (photo) ou  béton sont toujours d'une densité abrupte. Sur le fond de gothique, un faire-valoir respectif  et un dialogue architecture, sculpture et art sacré s'établit. Cette oeuvre épurée et expressive, éminemment contemporaine - elle devrait en choquer certains - a une dimension intemporelle.

Depuis les débuts d'Anthony Caro avec le métal dans le années 60 - et avant lui Picasso et Gonzales, d'autres artistes ont délaissé les matériaux traditionnels de la sculpture au profit de ce médium propre à la modernité. Les mathématiques ayant permis l'exploration de ses capacités, l'espagnol Chillida, le Français Bernard Venet ou  encore l'américain Richard Serra en ont conçu des oeuvres résolument gigantesques. Il ne s'agit plus d'objets mais d'un rapport à l'espace.

Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg, 75003, Paris. Jusqu'au 3 novembre 2008.

"Sculptures d'acier" au LAAC de Dunkerque. "Les barbares" au Musée des Beaux-arts et de la dentelle, Calais. "Papiers et volumes" au Musée de Dessin et de l'Estampe originale, Gravelines. Jusqu'au 23 fécrier 2009.

image11 porche Bourbourg.jpg

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image9 détail Bourbourg.jpg

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15/06/2007

John Chamberlain, ou le métal peint

5a77b243a4a9e337c427d4f3462aa41e.jpgec3e9b687da47e187c38232560380153.jpgPour l'anniversaire des 80 ans de John Chamberlain, la Galerie Karsten Greve expose, jusqu'au 30 juin, ses sculptures récentes. Il reste donc une quinzaine de jours pour admirer cette série d'oeuvres et saisir d'un seul regard le lien qui unit l'expressionnisme abstrait des années 50 et le Pop Art des années 60.

De la spontanéité et de la rapidité apparente d'exécution se dégage une énergie qui apparente Chamberlain à la génération des de Kooning et Pollock. L'utilisation de matériaux de la société de consommation à des fins créatrices le rapproche de celle de Rauschenberg et d'Oldenbourg. Enfin son élégance, son art de la soudure en font un enfant de David Smith.

Bien qu'exécutées récemment ces oeuvres sont une merveilleuse synthèse des courants majeurs de l'art américain de la 2ème moitié du XXème siècle.

Des expressionistes on retiendra la rapidité et la spontanéité (apparentes) d'exécution qui donnent aux oeuvres une énergie, une vivacité que renforce la qualité du matériau utilisé. En effet, comme César à la même époque en France, mais de façon bien différente, Chamberlain utilise des carcasses de voitures. Il exploite toutes les ressources de la tôle dont il met en évidence les qualités physiques (facilité de froisage, couleur, brillance) et qu'il transcende.

Il sait à merveille capter les reflets des tôles colorées qui se tordent sous la pression du pliage. Froissées avec vigueur comme il le ferait d'une feuille de papier, le métal acquiert légèreté, souplesse et une tension se crée entre la force du matériau et la sensualité du pliage. La ligne apparaît et disparaît avec une insaisisable habileté.

Voyons notamment une oeuvre comme "Whimzee" (photo 1) qui date de 2005, emblématique de l'ensemble. Une impression de grande simplicité et de légèreté s'en dégage. Plusieurs facteurs provoquent cette sensation : l'utilisation de 3 couleurs seulement, (noir, blanc, bleu) ; le fait qu'elle ne repose que sur quelques pointes, l'utilisation du noir de la tôle dans sa partie inférieure et du blanc dans la partie supérieure, la forme triangulaire bordée de bleu qui la coiffe et font penser à des ailes. Légère, elle se tient entre ciel et terre.

Telle une fleur d'acier, "Ornament of melody"  de 2006 (photo 2)  déploie, dans sa partie supérieure, des couleurs rutilantes (vert, rouge, orange) ; elles coiffent un chiffonage aérien de tôle noire et blanche. Pour exalter et capter au mieux la lumière, Chamberlain revernit genéralement l'ensemble de ses sculptures. cette façon de faire leur donne un incomparable velouté.

Du très grand art !

Galerie Karsten Grave - 5, rue Debeylleyme, 75003 (01 42 77 19 37), du mardi au samedi de 11 h à 19 h. Jusqu'au 30 juin.

 

 

 

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28/03/2007

Sarkis au Musée Bourdelle

Sarkis au Musée Bourdelle

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Allez voir comment Sarkis, un artiste turco-arménien, ranime les oeuvres un peu endormies de Bourdelle en intervenant sur leur lieu d'exposition.

Il a tendu un grand velum orange dans toute la salle dite "des plâtres" créant une lumière ensoleillée presque méditerranéenne, qui redonne vie à une statuaire fantomatiquement blanche, et, il faut bien le dire, assez grandiloquente. Comme un clin d'oeil aux origines grecques de cette sculpture.

La tête du fameux "Centaure mourant" semble inclinée non seulement par faiblesse mais par manque d'espace : le velum bouleverse l'échelle. Les sculptures dont la taille s'ajuste à celle de la nouvelle dimension de la pièce deviennent plus humaines, plus proches, plus denses ; par contre celles pour lesquelles il a fallu percer le velum ("La vierge à l'offrance", "La France") et dont la partie supérieure est dissimulée au regard, paraissent encore plus grandes.

Reste à savoir si ce travail n'est pas plus celui d'un scénographe que celui d'un véritable créateur ? Qui nous dira comment qualifier ce type de démarche ?

 Musée Bourdelle - 18, rue Antoine Bourdelle, 75015-Paris. 01 49 54 73 74. Du 26 janvier au 3 juin. Exposition dans le cadre de l'année de l'Arménie.

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