01.02.2009

Picasso...encore (par Sylvie)

Les expositions "Picasso et les maitres" au Grand Palais et "Picasso/Manet" au Musée d'Orsay à Paris ferment leurs portes. Sacré farceur ce Picasso, on ne le dira jamais assez. J'en connais, hélas, qui, malgré le passage du temps, continuent à le trouver trop iconoclaste pour être respectable. Respect pour Le Greco, Velasquez, Poussin ou Manet... moue dédaigneuse pour ce sabordeur qui a osé se frotter aux plus grands, piquer 28-01-2009 Manet.jpgleurs sujets et les réinterpréter avec insolence. Ils oublient sans doute que la copie a toujours été une forme d'apprentis27-01-2009 15;52;34 Picasso.jpgsage et une source d'inspiration. Avant lui, Michel-Ange, Rubens, Delacroix par exemple, et bien d'autres encore ont dessiné, copié, interprété les oeuvres de leurs ainés. Près de nous, voyez Bacon  et "Innocent X" de Velasquez; Buraglio  et ses "dessins d'après" ou Alberola  et ses emprunts au Tintoret, à Courbet ou Lenain.

Avec les variations sur "Le déjeuner sur l'herbe" de Manet, oeuvre manifeste et à scandale en son temps (1863), Picasso nous donne une leçon de savoir voir et de savoir faire, la preuve d'une connaissance de l'histoire de l'art et d'une virtuosité d'exécution hors du commun. Des multiples tableaux (27), dessins, gravures et maquettes , exécutés entre 1961 et 1962, inspirés par la toile et réunis temporairemet au Musée d'Orsay, mon emballement est allé droit aux dessins à la mine de plomb sur cartons découpés (août 1962).

 Voilà un Picasso débarrassé du paysage, qui ne s'intéresse qu'au corps, à la chair, un Picasso antiquisant qui nous rappelle  par la blancheur du carton la sculpure gréco-romaine, assez loin quand même de l'esprit"retour à l'ordre" bien vu dans les années 20/30. Affranchi des gracieusetés formelles et des vêtures idéalistes, il campe en quelques traits succincts les silhouettes du "déjeuner". Assis, debouts, couchés, ces nus ont une amplitude sereine qui contraste avec la dimension plus que modeste de leur support (entre 20 et 30 cm). Pliés, ils tiennent debout comme dans un théatre miniature. Et ces pliures, en disloquant les arabesques linéaires, laissent parler la gestuelle.Tout y est, juste ce qu'il faut là où il faut, et la vitalité , une impudeur naturelle et ce "nouage des forces contradictoires" selon l'expression de François Rouan, qui dit toute la vérité des corps. Ne restait plus à Picasso qu'à les remettre dans la nature, la vraie. Il les a fait réaliser en sculptures monumentales par Carl Nesjar et elles trônent depuis 1964 dans les jardins du Moderna Museet à Stockholm. En attendant une escapade au nord, on peut aller voir les maquettes au Musée Picasso, à Paris. Certes ce n'est pas contemporain, mais c'est tellement moderne. Un régal.

Musée Picasso, Hôtel Sallé, 5 rue de Thorigny, 75003. Paris. 01 42 71 25 21. Tous les jours sauf mardi de 9h30 à 17h30.

30.05.2008

Antony Gormley (par Sylvie)

995915741.JPG49232375.JPGElles sont tellement transparentes que l'on croirait des aquarelles, entre sanguines, sépias ou quelques encres fluides. Elles font voir des corps, "le" corps humain dans sa notion la plus générale, plus hommes que femmes, qui se déploient dans l'espace. Ils ne volent pas bien que sans appui mais quelque soit leur position, ils font comprendre la forme et rendent compte du lien entre l'homme et l'univers, l'harmonie entre eux. Antony Gormley est un sculpteur britannique, né en 1950, plus préoccupé du corps comme lieu que comme objet. Ses dessins l'attestent

Peu de lignes dans ces petits formats, si ce n'est les contours, d'une graphie extrèmement fine, mais des taches qui modèlent les volumes. Et ce qui donne à ces oeuvres un caractère unique ce sont les substances utilisées provenant du corps ou de la terre. Le café, la chicorée, le sang, le noir de fumée, la caséine, l'huile, le lait, le sperme... révèlent  des propriétés bien à elles et réagissent selon la texture et la porosité des supports souvent fabriqués par l'artiste lui-même. 

Un grand plaisir très subtil. A voir vite, l'exposition se termine bientôt.

Antony Gormley " Dessins de 1981 à 2001 ". galerie Thaddeus Ropac, 7 rue Debelleyme, 75003, Paris. Du mardi au samedi de 10h à 19h, jusqu'au 7 juin 2008. 

02.10.2007

Les dessins de Tony Cragg

 

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 Tony Cragg, artiste britannique, né en 1949, est connu depuis les années 70 pour ses sculptures faites à partir de rebuts assemblés, alignés ou entassés. Ses dessins le sont moins, dommage. C'est une bonne raison pour aller voir ceux qu'expose la galerie Thaddaeus Ropac à Paris.

Par exemple, des visages "croqués" sous tous les angles, démultipliés, en une recherche tatonnante de vérité volumétrique et expressive. Ils rappellent les esquisses de Léonard de Vinci.

Ou encore une série de quatre scènes réunissant des personnages autour d'une table. Il s'agit, semble-t'il d'une conversation qui va crescendo si l'on en juge par l'énergie croissante qui émane de ces scènes.

La sérénité de la première se traduit par la présence, en avant du dessin proprement dit, d' une trame horizontale ponctuée de petits cercles assez régulièrement espacés: c'est une causerie tranquille. Dans la seconde la trame s'épaissit par endroits comme si l'échange s'animait. Dans la troisième, les flux, plus épais, ondulent en strates ascendantes: le ton monte. Dans la dernière, les lignes s'entrecroisent et vibrent d'un débat agité que l'on croit entendre.

 Avec ces quatre dessins ( crayon sur papier, 36,5x 42,2, 2006), c'est toute une histoire en quelques traits, drôle peut-être, en tous cas merveilleusement vivante, car elle capte à la fois les trois dimensions, l'espace qui nous entoure et ce cinquième élément que sont les ondes d'énergie pourtant invisibles.

Galerie Thaddaeus Ropac, 7 rue de Belleyme, 75003, Paris. Jusqu'au 13 octobre 2007. 


 

18.09.2007

Ernest Pignon-Ernest à Montauban

Si vous êtes dans le Sud Ouest, n'hésitez pas à faire un saut au Musée Ingres de Montauban. Jusqu'au 15 octobre s'y tient une exposition Ernest Pignon-Ernest passionnante.

Elle l'est à plusieurs titres : d'abord par la partie rétrospective où l'on revoit avec bonheur les travaux que l'artiste a inscrit dans plusieurs villes (Naples, Paris, Charleville, Soweto...) ou lieux (cabines téléphoniques, escalier de Montmartre, métro Charonne), ensuite et surtout par celle où il engage un dialogue avec Ingres. Dialogue extrêmement stimulant quand on sait la passion du dessin qui anime ces deux artistes et la place qu'occupe Ingres pour les artistes du XXème siècle. Se mesurer à Ingres était une gageure et les dessins de l'un et de l'autre artiste, exposés côte à côte, permettent de saisir ce qui les réunit et les sépare.

Cette partie, installée au 1er étage du Musée, et intitulée "Citations" montre le travail qu'Ernest Pignon-Ernest a effectué, à l'occasion de cette exposition, à partir de celui que son aîné avait fait d'après une représentation de l'extase de Ste Catherine de Sienne par Sodoma.

Les dessins d'Ingres soigneusement élaborés, travaillés, presque parfaits sont assez statiques. Une distance s'établit entre eux et le spectateur. Ceux d'Ernest Pignon-Ernest débordent d'affects ; la situation est vécue de l'intérieur. Avec le premier le spectateur est devant un merveilleux dessin, avec le second il est face à des corps.

Sur un grand mur sont présentés les études préparatoires pour le dessin final de l'évanouissemnt mystique de Ste Catherine de Sienne, dessins à la pierre noire, effectués sur de grandes feuilles blanches, collées à même le mur ou éparpillées sur le sol. Etude d'une main, d'un visage, d'un buste, d'un corps dont les ombres soulignent seulement quelques fragments d'anatomie : la poitrine et les mains par exemple, le reste étant seulement esquissé. Cette façon de faire et d'exposer projette le spectateur dans le processus créatif.

Le dessin final montre la sainte dans une position improbable : sur la pointe des pieds, genoux pliés, mains et poitrines offertes, yeux clos, elle penche la tête à gauche et s'absente au monde, tout entière à son extase. C'est si vrai, si senti, que pour un peu on se sentirait gênée d'assister à une scène tellement intime.

Oui, Ingres et Ernest Pignon-Ernest sont des dessinateurs de génie et aucun des deux n'est perdant dans cette confrontation. cette exposition montre l'expression de deux personnalités bien différentes.

Exposition Ernest Pignon-Ernest - Situation ingresque

Musée Ingres - 19, rue de l'Hôtel de Ville - 82000-Montauban. Tél : 05 63 22 12 91. Ouvert tous les jours de 10 à 12 h et de 14 h à 18 h. Jusqu'au 14 octobre.