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26/09/2007

Encore et toujours Tal Coat

Si les oeuvres de Tal Coat vous saisissent comme nous d'un enchantement irrésistible, courrez à la Galerie de Michèle et Odile Aittouarès, (29 rue de Seine, 75006-Paris) voir une exposition consacré à cet artiste jusqu'au 27 octobre.

cfc24bfba2fe39bcd52bb6cf308c0cd1.jpgLes quelques oeuvres exposées montrent avec perspicacité la quête que cet artiste a poursuivi toute sa vie pour saisir toujours au plus prêt, et de plus en plus abstraitement, le mystère de la nature. En voici deux exemples :

La toile dénommée "silex", ici reproduite, date de 1958. Des éclats de pierres noires et brillantes apparaissent tandis que d'autres disparaissent laissant une trace plus claire. Ils sont immergés dans un espace beige, lumineux et légèrement crémeux. Tout est donné à la fois : la terre, la pierre, la lumière. En ne soustrayant pas la pierre à son milieu, Tal Coat montre que cette masse de cailloux est imprégnée par l'espace qui l'entoure. Pour lui l'objet et son environnement n'existent que l'un par rapport à l'autre. Les isoler par une forme définie est pour lui un contre sens et le contour une frontière que, tout au long de son oeuvre, il cherchera à effacer. L'espace est un milieu qui donne aux choses leur existence.

Un autre exemple de sa démarche est donné par une toile plus récente, entièrement jaune. En son centre trois ronds légèrement en relief affleurent. Plus question ici de figure, de fond, mais de structure, de milieu, d'un espace où les choses peuvent se mouvoir. Si on prend le temps de regarder un peu longuement ce tableau, on le voit évoluer sous nos yeux, une ombre transparaît sous le jaune. Le tableau, bien que monochrome, est comme le monde une activité. Tal Coat peint des énergies en mouvement dans la nature.

Dans la deuxième salle de la galerie, au delà de la petite cour, sont exposées quelques aquarelles, merveilleuses de fraîcheur. Cette technique exigeant une exécution immédiate, ne souffrant pas de reprise, lui permettait de rendre compte de ce qu'il y a de plus fugace, de plus fragile dans la nature : une lumière changeante, une ombre sur un champ, la venue de l'orage.

GALERIE BERTHET-AITOUARES - 29 rue de Seine, 75006-Paris. Ouvert du mardi au samedi de 11 h à 13 h et de 14 h 30 à 19 h

 

10:50 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

23/05/2007

Miquel Barcelo, la matière des profondeurs marines.

132846ee0c6e12c0a791471de4b3b94c.jpgIl est encore temps, mais faites vite: Miquel Barcelo, peintre espagnol né à Majorque en 1957, nourri d'art brut, expose pour quelques jours encore à la galerie Yvon Lambert, à Paris.

Des sculptures mais surtout des toiles, de grand format, ayant pour thématique les fonds marins - normal pour un insulaire -, l'eau et ce qui s'y dépose, y repose; un espace dense et charnel de substances et d'objets hétéroclites et nonchalants, entre endormissement. métamorphose, abandon ou disparition.

Ici des crânes et des allumettes; là dans l"Encéphalogramme de la mer" ( 200x300 cm, 2005 ) méduses et algues envahissent la toile d'un blanc opaque.à peine teinté d'un bleu sous-jaçant. Sa saisissante texture, épaisse, fibreuse, tourmentée, née d'un maillage contrecollé mêlé à la peinture, s'éffiloche, se rétracte. Elle rappelle l'oeuvre d'un autre "grand" d'Espagne Antoni Tapiès. Y apparaissent, dans une sorte de trouble, les multiples plis et replis de ces figurants et les orifices noirs et ovoïdes de coquillages béants. D'un travail au trait, horizontal ou vertical, parfois même en zig-zag, surgit la mouvance des flux aquatiques et sableux... comme un encéphalogramme frémissant.

Miquel Barcelo, galerie Yvon Lambert, 108 rue Vieille du Temple, 75003. Paris.  Jusqu'au 26 mai.  Attention, la galerie ferme de 13h à 14h30.

23:55 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

12/05/2007

Arschile Gorky

medium_Gorky.jpg"Journal d'un séducteur" de Arschile Gorky, 1945

Dans le cadre de l'année sur l'Arménie se tient, jusqu'au 2 juin, au Centre Pompidou, une petite exposition Arschile Gorky. Y sont accrochés des dessins et quelques tableaux magnifiques. L'un d'eux, "Journal d'un séducteur" a particulièrement retenu mon attention. Différent des autres oeuvres présentées, lesquelles, rythmées, colorées, sont en résonance directe avec "L'arc noir" de Kandinsky accroché en face, dans le couloir central du Musée, son titre m'a paru en contradiction totale avec l'oeuvre elle-même.

"Journal d'un séducteur" est une grande toile (126,7 x 157,5 cm). Une forte impression de désolation en émane. Elle nous met face à un monde calciné, couleur de cendre et un fort sentiment de perte nous saisit. Non le sexe n'est pas gai !

Sur un fond terreux où le jaune affleure sous le noir et le gris évoluent des formes au contour mal circonscrit. L'action conjointe de la ligne qui permet au regard de circuler et de la couleur qui la déborde empêche toute fermeture des formes sur elles-mêmes ; celles-ci sont le résultat d'un automatisme mental proche des surréalistes.

Au centre, seul reconnaissable, un visage, mi humain, mi animal, semble contempler l'ampleur eu désastre. Des volutes sortent de son crâne et l'un de ses yeux liquéfié se répand jusqu'à ses lèvres. A sa gauche et sous lui quelques signes très proches de ceux de Miro évoquent des sexes féminins éparpillés. Ce tableau est empreint de toutes les perturbations qui ont affecté l'esprit de l'artiste au cours de sa vie. Il ne les supportera pas et se donnera la mort en 1948.

Gorky résonne ici, mais à sa façon, aux artistes qu'il a regardé avec fascination : Kandinsky pour l'utilisation de la couleur comme vecteur du monde intérieur et bien sûr Miro. Comme lui il inscrit directement, sans aucun intermédiaire, son monde intérieur sur la toile, comme lui il réduit les objets à des signes métaphoriques renforcés par les vibrations du jaune et d'un peu de rouge.

Le séducteur n'est paré d'aucune séduction. La mort rode dans son journal. C'est Don Juan avec son impuissance à aimer. Sexe et mort son ici indissolublement liés.

Arschile Gorky au Centre Pompidou. MNAM, 4ème étage, jusqu'au 2 juin. Cette exposition est à compléter par celle qui se tient jusqu'au 4 juin au Centre Gulbenkian, 51 avenue d'Iéna, 75116.

 

17:05 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

03/04/2007

Tal Coat dans le IVème

medium_aquarelle_TC.3.jpgIl avait coutume de dire "Je ne suis pas devant la nature mais dedans". Allez-y, c'est à la galerie Vidal Saint Phalle, à Paris.

Il est probable que vous aurez, comme nous, le coup de coeur pour la petite aquarelle dont le format, étroit et allongé, évoque l'étendue d'un paysage balayé par le regard.

Ce minuscule panoramique jaune et gris (11,5 x 27,5) des années 80 est exemplaire de l'écriture poétique de Tal Coat ("Front de bois" en breton, 1905-1985) : un jaune léger, incertain, monte, s'arrête, reprend sous un gris plus dense, réapparaît puis disparaît dans le blanc du papier ; à droite, un ocre velouté s'estompe sous un brouillard en dissolution... La peinture est vivante, faite de surgissements et d'affleurements, un espace mobile où aucune forme n'est fixée mais où la lumière irradie.

C'est ça la peinture dite "informelle". Elle a marqué les années 50. Trouvez-vous qu'elle a vieilli ? Pas si sûr.

Galerie Vidal Saint Phalle, 10, rue du Trésor, 75004-Paris. Tél : 01 42 76 06 05. Du mardi au samedi, de 14 h à 19 h.

16:05 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)