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07/06/2008

André MARFAING (par Régine)

Deux Galeries de la rue de Seine exposent actuellement les oeuvres des 15 dernières années du peintre André Marfaing, né en 1925 et décédé en 1987. Ne les ratez pas ! D'ailleurs, si vous passez dans la rue, vous résisterez difficilement à la tentation de rentrer tant, apercue depuis la rue, cette peinture s'impose avec force.

L'éternel jeu de l'ombre et de la clarté (de la nuit et du jour, du vide et du plein, de bien et du mal, de l'absence et de la présence) qui, depuis l'origine fascine l'esprit humain, est peut-être ce qui retient le spectateur avec une telle force.

Deux couleurs qui s'affrontent pour faire jaillir la lumière : le noir et le blanc, mais pas n'importe quel noir : lisse, brillant, mat, épais, toujours somptueux ; pas n'importe quel blanc : éclatant, ivoirien, crémeux, toujours éblouissant.

Avec ces deux couleurs, et parfois un peu de brun ou de gris, et des coups de pinceaux que l'on imagine énergiques et précis, Marfaing construit ses tableaux. Il organise les plans, construit les affrontements, ordonnent les formes, sorte d'écriture dans l'espace dont l'énergie continue et maîtrisée provoque une explosion dans le regard.

Parmi les constructions très variées de ses toiles on repère quelques constantes :

marfaing 1.jpgParfois, comme dans l'oeuvre reproduite ici, un pont est jeté entre deux rives. A droite une large plage noire découvre le haut de la toile, tandis qu'une bande étroite occulte l'autre côté. Une écriture hâtive, énergique, très sûre relie les deux bords, ancrée à droite par un épaississement de la matière, comme une suture. Ce noir puissant fait flamboyer un blanc immaculé. La lumière claque de toute part. Blanc et noir se font tour à tour fond et forme ; le blanc n'est pas le lieu où s'absente la peinture, il réagit, il vibre.

marfaing 3.jpgParfois la plage de noir occupe les deux tiers du tableau, en occulte le haut et se brise dans le blanc en un graphisme fougueux qui déchiquette l'espace (photo).

Marfaing 6.jpgParfois encore la lumière doit se frayer un passage étroit entre deux grandes zones d'ombre. Elle les écarte comme le ferait une lame d'acier brillante, cassure étincelante qui s'ouvre sur l'infini (photo). Ainsi, même lorsque la lumière est occultée par le noir elle est néanmoins triomphante.

On a souvent rapproché Marfaing de Soulages - ils s'appréciaient d'ailleurs mutuellement - mais leur démarche me semble différente. Soulages, sensibles à la matière des choses, travaille la peinture de façon à capter la lumière et à dialoguer avec l'espace. C'est la texture de la surface et la manière dont la lumière s'y décompose qui l'intéresse. Marfaing fait jaillir la lumière d'un parcours, d'une succession de gestes. Ce n'est pas le tableau comme objet qui le préoccupe, mais plutôt l'acte créateur lui-même et en regardant ses oeuvres, je ne peux m'empêcher de penser à ce passage de la genèse, où il est dit que Dieux créa la lumière en séparant le jour de la nuit.

"Marfaing remonte dans le temps et il va très loin, jusqu'aux premières heures de la création, jusqu'aux moments où les chose n'existaient encore qu'en tant que tensions" disait le critique Imre Pane.

Hormis ce conflit ombre/lumière, il se dégage de ces toiles une vitalité, une énergie communicative qui confirme notre propos.

 Galerie Berthet-Aittouarès, 29 rue de Seine, 75006-Paris (01 43 26 53 09). Galerie Protée, 38 rue de Seine, 75006-Paris (01 43 25 21 95) Ouvert du mardi au samedi de 11 h à 13 h et de 14 h 30 à 19 h. Jusqu'au 28 juin 2008.

 

11:15 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

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