Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/10/2008

Jean-Pierre Schneider (par Régine)

D'abord il y a ce grand tableau blanc qui capte le regard dès l'entrée dans la galerie et qui ne vous lâche plus. Une grande toile entièrement blanche au centre de laquelle un rectangle est esquissé ; de son angle supérieur droit un léger trait noir indiquant une perspective le transforme en boîte sans fond.*

Le médium utilisé donne au blanc un rayonnement, une matière à la fois palpable et immatérielle. Il est froissé comme un linge par endroit, lisse comme du marbre à d'autres, partout immaculé. On pense à des linceuls, à des champs de neige fraîche, à des draps d'une blancheur parfaite.

En bas à droite le mot "Falkenau" est à peine esquissé. Falkenau est le nom d'un camp de concentration dans lequel les américains se sont introduits après la guerre. Il y ont découvert des montagnes de cadavres. Ils sont allés trouver tous ceux qui vivaient tranquillement à proximité. Vous saviez, leur ont-ils dit, ce qui se passait, maintenant donnez-nous vos draps pour envelopper ces corps et leur rendre leur dignité.

L'origine de cette toile est là, les draps blancs, la tombe sans fond, le froid, l'inimaginable absence. Ce tableau, dénué de tout pathos, est beau parce qu'il est juste et vrai.

schneider 7.jpgJean Pierre Schneider procède ainsi par série autour d'un thème qu'il abandonne puis reprend parfois. Il y a celui de la boîte dont on peut voir plusieurs beaux exemples exposés ici, et parmi d'autres celui des pierres noiresschneider 2.jpg ou de la ligneschneider 5.jpg. Situés, la plupart du temps, dans le tiers supérieur du tableau on pense bien sûr au fil sur lequel marche le funambule, aux rochers posés ici ou là dans le cours d'une rivière permettant de la traverser à gué.  L'artiste nous suggèrerait-il la fragilité de tout passage ? La précarité de tout équilibre ?

A la différence de Twombly qui efface volontairement les mots inscrits dans ses toiles afin qu'ils en fassent partie intégrante, évoquant ainsi les traces des cultures qui les ont précédées, J.P. Schneider écrit lisiblement des bribes de phrases empruntées à des poètes de notres siècle (René Char, Jean Genet...), des chiffres, une notation personnelle et le spectateur est invité à les lire ; va et vient du regard. Ici encore Jean Pierre Schneider fait une proposition.

Et il y a également la matière de la peinture. Telle une peau il faut se retenir pour ne pas en caresser la surface. Comme Tal Coat qu'il admirait bdaucoup, Jean Pierre Schneider doit fabriquer lui-même son médium. Qu'ajoute-t-il à la couleur pour qu'elle soit si fluide, si veloutée, si discrètement sensuelle ? Les objets représentés échappent à toutes lourdeur, et semblent souvent prêts à se dissoudre dans la couleur du tableau.

Le peinture de Jean Pierre Schneider n'est ni abstraite, ni figurative, mais suggestive.

* Ce tableau est impossible à photographier, il faut aller le voir.

Galerie Berthet Aitouaeres - 29 rue de Seine, 75006-Paris. Tél : 01 43 26 53 09. Ouvert du mardi au samedi de 11 h à 13 h et de 14 h 30 à 19 h. contact@galerie-ba.com

10:57 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.