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28/04/2010

Paul KLEE (par Régine)

Il est toujours passionnant, parfois enthousiasmant de revenir aux sources de notre modernité. Une exposition plutôt discrète, car les média ne s'en sont pas encore emparés, offre cette possibilité. Elle se tient à l'Orangerie et réunit un peu plus d'une cinquantaine d'oeuvres de Paul Klee appartenant au grand collectionneur suisse, Ernst Beyeler, récemment décédé. Surtout, ne vous privez pas du plaisir extrême que procure la contemplation de ces oeuvres et, par ce printemps ensoleillé, s'y ajoute celui de traverser le jardin des Tuileries et de terminer la visite par une plongée dans les salles consacrées aux Nymphéas.

L'exposition présente une sélection des étapes significatives du travail de Klee. La première réunnit quelques oeuvres des années 1914/1919, la deuxième celle de l'époque de son enseignement au Bauhaus et à l'Académie de Dusseldorf (1920-1933), la troisième, la plus importante, réunit des oeuvres plus tardives (1935-1940). Plus dramatiques, elles étaient très appréciées de E. Beyeler parce qu'elles récapitulaient, disait-il, le travail de toute une vie.

Presque toutes de petit format, souvent peintes à l'aquarelle sur un papier contrecollé sur carton, ces oeuvres défient celles des années qui vont suivre où prédomineront l'immensité de la toile, la peinture à l'huile ou à l'acrylique. Sa postérité n'en fut pas moindre, elle est manifeste chez des artistes qui chercheront à traduire les forces fondamentales de la nature, son mystère et sa poésie. Wols ou Laubiès par exemple qui eux aussi ont privilégié le papier, l'aquarelle et le petit format. Michaux et Zao Wou Ki l'ont beaucoup regardé et assimilé. Par delà l'Atlantique on est tenté d'en rapprocher le travail de Tobey toute empreinte de délicatesse et de raffinement.

Ni figurative, ni abstraite, ignorant la distinction entre réel et imaginaire, ces oeuvre entraînent le spectateur dans des territoires inconnus et cependant extrêmement évocateurs. J'en évoquerai quelques unes.

Dans "La Chapelle"klee 001.JPG (Aquarelle et détrempe blanche sur papier contrecollé sur carton, 1917, 29,7 x 20,9) (photo n°1), tout un jeu de formes proche d'une écriture, orienté dans des perspectives variées, se construit à partir d'un fragile édifice qui pourrait figurer une chapelle dans le bas du cadre et s'élève jusqu'à son extrémité supérieure. S'y promènent, comme en apesanteur, lettres et pictogrammes célestes (celui de la lune, des étoiles ou du soleil). Le rapport entre cette construction ascendante et les couleurs d'une extrême délicatesse diffuse sur cette architecture onirique une lumière transparente toute empreinte de spiritualité.

Le bleu lumineux de "Paysage du passé" klee 002.JPGde 1918 (Aquarelle et gouache sur papier contrecollé sur carton, 1918, 22,6 x 26,3) (photo n° 2), enchante les quelques arbres gouachés de blanc et le soleil jaune qui tourne dans le ciel, cercles et triangles se répondent pour entraîner le spectateur dans une rêverie éblouie.

Quand il réalise le "Lever de la lune" klee 004.JPG(crayon et aquarelle, contrecollé sur carton, 1925, 37,4 x 27) (photo 3), Klee enseigne au Bauhaus, où il insiste notamment sur la puissance de la couleur. Cette oeuvre est comme une symphonie musicale orchestrant le lever de la lune au coeur d'une nuit profonde. Le halo n'entoure pas l'astre, il est repoussé sur les bords sous forme d'un damier ocre foncé, bleu nuit avec un accent de blanc qui agence la surface ; cette partition colorée fusionne pour former un noir, oh combien mystérieux, d'où surgit le disque jaune lumineux d'une lune ronde et majestueusement présente.

A partir des années 1930, l'oeuvre de Klee devient plus tragique. "Diane"klee 006.JPG(huile sur toile, 80 x 60) (photo n°4) annonce un monde inconnu et menaçant. Sur un fond modulé de bleu et de vert, animé d'un semi de points noirs, la silhouette verte et ocre de la déesse, dessinée avec vigueur, s'avance menaçante, un pied sur une roue, cachant son visage et son corps derrière une cape et des vêtements qui virevoltent autour d'elle. A la partie supérieure une flèche, symbole de la chasseresse, accentue le dynamisme inexorable de l'ensemble.

En 1938, quand il peint "Sorcières de la forêt" klee 008.JPG(Huile sur papier contrecollé sur jute, 99 x 74) (photo n° 5), Klee, installé à Berne, a fui l'Allemagne nazi et se sait condamné par une maladie incurable. D'épais traits noirs sur un fond très coloré articulent les motifs d'un univers de sorcières. Les corps désarticulés, le masque des visages menace le spectateur. Les arabesques des traits sont comme une écriture dont la liberté est proche de la folie. L'utilisation du jute accentue le côté brutal et primitif de l'ensemble.

Enfin "Un porche"klee 010.JPG de 1939 (détrempe sur papier Ingres, contrecollée sur carton, 31,6 x 14) (photo n° 6) est une oeuvre de deuil ; entièrement grise elle est un adieu aux couleurs de la vie. Elle laisse percevoir cette porte vers l'au-delà où l'artiste va bientôt disparaître. Une forme casquée garde l'entrée d'un temple inconnu ouvrant sur le vide et sur laquelle est posé un disque blafard. Peinture totalement impressionnante qui traduit l'inconnu devant lequel se trouve confronté tout homme face à la mort.

Toutes les oeuvres exposées ont la qualité de celles dont je viens de parler. C'est une exposition exceptionnelle et il serait dommage de rater l'occasion de voir le travail d'un artiste si rarement présenté dans notre pays.

 

Paul KLEE (1879-1940), La collection d'Ernst Beyler - Musée de l'Orangerie, du 14 avril au 19 juillet 2010. Tous les jours (sauf mardi) de 9 h à 18 h.

 

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15/04/2010

Belleville (par Sylvie)

On dit beaucoup que Paris s'endort, qu'elle devient une ville de vieux, dodelinante et couche-tôt. Le récit de nos explorations diurnes ne suffira évidemment pas à convaincre les grincheux que Paris bouge. C'est pourtant là où je veux en venir. Arpentant depuis pas mal d'années les rues de la capitale, je ne peux m'empêcher de leur trouver sans cesse de nouveaux aspects attrayants ou d'y faire des découvertes surprenantes. Rien à voir, bien sûr, avec la folle "vie  parisienne".

Prenons  les arts plastiques par exemple puisque c'est notre sujet. Ils ont leurs quartiers: Matignon, Saint Germain des prés, le Marais sont de solides bastions. Comme le XIII ème il y a dix ans, c'est aujourd'hui Belleville qui accueille de nouveaux galeristes, souvent jeunes avec des artistes qui le sont aussi. Loyers encore modérés et espaces parfois somptueux d'anciens ateliers d'artisans en sont la cause. Nous avons rôdé dans ce quartier en devenir , nous  laissant gagner par l'atmosphère tranquille de ce coin au charme provincial du Nord Est de Paris et trouvé, non sans mal quelques fois, presque une dizaine de galeries à l'installation encore sommaire mais aux choix très contemporains. En voilà quelques unes.

Premier arret rue Jouye-Rouve au nom étrange.La galerie n'est pas novice. Elle a muté de la rue de Malte. Jorge Pedro Nunez a un humour duchampien. Ses sculptures en roues de véloGEDC0012.JPG (photo , ou en escabeau et ses cadres à photos sans photos mais réfléchissant le spectateur sont réjouissants. Et la galeriste n'est pas blasée, elle commente et semble prendre autant de plaisir que nous. Galerie Crèvecoeur, 4 rue Jouye-Rouve, 75020,tel: 09 54 57 31 26. Jusqu'au 7 mai.

Au même numéro une autre galerie dont la porte nous a été introuvable.Depuis notre passage manqué se tient une exposition de Ernesto Satori. Galerie Marcelle Alix, 4 rue Jouye-Rouve 75020, tel 09 50 04 16 80. Du mercredi au samedi de 14h à 19h. Jusqu'au 22 mai.

 Isabelle Cornaro expose des moulages en plâtre d'objets quotidiens posés sur planche et des films projetés sur eux, dans une réflexion sur la valeur des objets et des objets d'art. C'est à la Galerie Balicehertling, 47 rue Ramponeau, 75020. Tel 01 40 33 47 26. Jusqu'au 7 mai.

168 Valérie Favre.jpgValérie Favre est loin d'être une inconnue. Les oeuvres sur papier sous vitrines courant tout autour de la pièce, allient différentes techniques et différents univers dans une sorte de copié-collé où communient le réel et l'imaginaire ; des images de fond et des ajouts, des figures et des retouches. Un monde mysterieux et attachant se cachant parfois derrière un motif de rideau de scène. Galerie Jocelyn Wolff, 78 rue Julien Lacroix, 75020. tel: 01 42 03 05 65. Jusqu'au 30 avril.

La paire de sculptures pyramidales en bois et béton, comme un négatif-positif de Wilfrid Almendra nous a convaincuesGEDC0002.JPG: formes et matériaux sont de toute noblesse, à la hauteur de ce vaste espace qui fut un garage et qui a été préféré au local de la rue de Turenne. Près d'elles, des images retravaillées par Pierre Bismuth d'immeubles de Le Corbusier ...et des travaux de Nick Devereux et  Lisa  Oppenheim. Une galerie conviviale. Bugada et Cargnel (Cosmic galerie) 7-9 rue de l'Equerre, 75019. Tel :01 42 71 72 73. Du mercredi au samedi de 14h à 19h. Jusqu'au 15 mai.

Etonnants "surplombs" que le travail de Dove Allouche: 38 dessins à la mine de plomb des forêts calcinées du Portugal. Aussi noirs et de la même facture que les épreuves photographiques dont ils sont issus. Galerie Gaudel de Stampa, 3 rue de Vaucouleurs, 75011. Tel: 01 40 21 37 38. Du mercredi au samedi de 14h30 à 19h. Jusqu'au 17 avril.

Sous le petit écran, dans ce qui devait être auparavant la vitrine d'une boutique, les deux individus en entretien n'ont pas levé les yeux. D'après le prospectus, pas très accueillant non plus, la video était signée Kathryn Bigelow, la réalisatrice du film 'Démineurs". Nous n'en saurons rien, tant pis pour cette fois. Bien des galeristes se plaignent de la difficulté d'attirer les clients ; encore faudrait-il qu'ils fassent un effort. Celle-ci a quelques progrès à faire. Elle se dit pourtant" fondée sur le principe de la disponibilité à l'évènement".Collectif Castillo/Corrales, 65 rue Rébeval, 75019. tel:01 78 03 24 51.Du mercredi au samedi de 14h à 18h.

Le printemps aidant nous reviendrons, il y aura sans doute encore du nouveau Et, quoiqu'il en soit ill nous restera à voir la Galerie italienne, 75 rue de la Fontaine au roi 75020. Tel: 01 49 29 07 74

 

 

 

 

01/04/2010

René Guiffrey (par Sylvie)

René Guiffrey est un artiste exigeant. Il ne cherche pas à séduire. Il oeuvre dans le blanc et la transparence, le géométrique et la superposition. Pas facile! Les oeuvres exposées actuellement à la galerie Gimpel et Müller sont l'occasion de constater encore une fois qu'une émotion peut naitre de ces abstractions où l'ego n'a pas de place et la répétition est de mise. N'ayant jamais perdu, depuis ses débuts dans les années 60, le goût de la blancheur du papier (et sa texture) Guiffrey en perpétue l'usage et poursuit avec cette non-couleur, qu'elle soit de peinture acrylique, de verre industriel ou de miroir, sa quête de l'insaisissable.

115 Guiffrey, la mouche.jpgIl oeuvre par séries, ce qui met en lumière les variations du procédé. Le titre de la première, "La mouche" ( série de trois), acrylique et verre, 80x80 cm, 2005, pourrait trouver son origine dans la légèreté de son apparence, quelque chose de fragile et de délicat comme l'aile d'un d'insecte. Elle est constituée de carrés concentriques en fines plaques de verre transparent, cernées d'un liseret de miroir. Le carré de surface, le plus petit, est peint en blanc. Cette forme carrée et ses emboitements nous rappellent bien sûr l'Abstraction géométrique et l'Art cinétique. Elle en a la forme rassurante et silencieuse, cette carrure qui l'ancre dans le réel. Elle en a les déclinaisons internes qui fractionnent l'espace clos. Mais si tout se jouait par la couleur posée chez Albers ou Vasarely, Guiffrey laisse agir la neutralité du  materiau  qui, imprévisible, modifie le support par sa seule présence, prend relief et couleur - il devient tout à fait vert - au fil des couches, crée des lignes, accroche et subit la lumière, réfléchit le regardeur et introduit son empreinte éphémère dans l'oeuvre. La bordure de miroir prend sa part de reflets et finalement l'oeuvre, si rigoureuse dans sa construction, si ouverte dans son champ de blanc qui cerne le carré, si plate en surface et si immatérielle dans sa gamme pâle, bouscule sa propre ordonnance par les effets qu'elle suscite.

174 Guiffrey, Blanc et débords..jpgAvec "Blanc et débords", acrylique et verre, 80x120 cm (série de deux) on comprend mieux la technique chère à Guiffrey des fixés sous verre. La peinture, appliquée au dos du matériau, apparait, par transparence, brillante et subtilement crémeuse dans un grand rectangle où s'en inscrit un autre, séparé par un vide. Dans cette échancrure elle déborde de son périmètre, festonne de façon aléatoire et se profile en ombres changeantes sur le fond selon le cheminement du regardeur, laissant voir en dessous une bande argentée qui fait passer la lumière et un double trait noir, péremptoire comme l' affirmation d'un tangible dans cet " interstice du doute" (in Bernard Privat:" René Guiffrey ou l'effroi du beau").

175 Guiffrey, retour sur 76..jpgLa plus troublante des oeuvres exposées est pour moi "Retour sur 76". Deux trapèzes blancs, verticaux, peints sous verre,  occupent, dans un équilibre parfait, le centre de l'oeuvre et forment un carré brillant de surface et d'une blancheur lustrée qui contraste avec celle du fond. Des traits noirs, tracés à la plume, semble t'il, soulignent, prolongent, encadrent les côtés et portent en eux des notations chiffrées. Ce pourrait être un croquis d'architecte avec ses lignes fugitives, ses doublements, ses orientations flèchées. Un effet de perspective, né du décallage entre forme et lignes, entre verre et fond, entraine le regard, encouragé ici par les reflets obliques de l'éclairage, vers une fenêtre aveugle, une profondeur invisible, un espace de méditation.  

René Guiffrey, galerie Gimpel et Müller, 12 rue Guénégaud, 75006 Paris. jusqu'au 10 avril.                           

 

 


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