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12/06/2017

Toni Grand et Pierre Tal Coat (par Régine)

Le rapprochement de ces deux artistes, l'un sculpteur, l'autre peintre, qui ne se sont peut-être pas connus, est très judicieux. Tous deux, en effet, ont entretenu un dialogue avec la nature et ont cherché à faire apparaître les formes qui lui sont sous-jacentes plutôt que de les mettre à jour. Tout l'art du galeriste est d'avoir su, par son accrochage, mettre en évidence cette parenté entre les deux artistes.

On ne souligne jamais assez le rôle joué par un accrochage. La façon dont les oeuvres sont réparties sur les murs, leur nombre, leurs rapprochements, le rythme de l'ensemble, peuvent décider de la réussite ou non d'une exposition.

Ici peu d'oeuvres, mais choisies et accrochées avec justesse, sont mises avec intelligence en résonance les unes avec les autres.

Ainsi le très beau tableau terre de Sienne de Tal Coat intitulé "Déchiré profond", (photo 1)IMG_4146.JPG dont les deux incisions cerclées de matière plus épaisse et sombre diffusent à l'ensemble une grande sensualité, voisine avec une délicate sculpture de Toni Grand. Elle est faite de fines baguettes de bois auxquelles sont restés collés des morceaux d'écorce moussue et dont le mouvement rappelle celui du serpent ou d'un cours d'eau (photo 2)IMG_4151.JPG. En haut du mur à gauche, le dessin de Tal Coat (photo 3)IMG_4150.JPG fait de quelques traits qui pourraient figurer des chemins, un cours d'eau ou encore un animal, et plus bas à droite une délicate aquarelle où domine le vert d'eau, ponctuent harmonieusement l'ensemble.

Autre exemple : deux gouaches de Tal Coat dont le trait noir transforme la surface de la feuille blanche en espace - aucune préméditation ne semble avoir précédé leur tracé qui serait comme le centre de gravité d'une vision, d'un mouvement - encadrent et accompagnent une gracieuse sculpture de Toni Grand ; faite de fines lamelles de bois assemblées en éventail, elle semble esquisser un pas de danse tout en soulignant la verticalité des trois oeuvres (photo 4)IMG_4153.JPG.

Tal Coat adorait dessiner tout en roulant en voiture ou en train car pour lui le monde advient entre surgir et disparaître, tout est en devenir. La sculpture de Toni Grand, faite de planchettes assemblées telles les solives d'un chemin de fer ou les dalles d'une route, accompagne avec à propos deux petits dessins du peintre qui font affleurer l'instable dans la permanence et qu'on imagine griffonnés par l'artiste lors d'un de ses déplacement (photo 5)IMG_4155.JPG.

Tal Coat fabriquait lui-même ses médium car il voulait que sa peinture soit un "humus" comme ce sol auquel il accordait tant d'attention. Il l'appliquait sur des support variés : la toile bien sûr mais aussi des couvercles de boîte de cigares, des morceaux de carton, des planchette de bois. Quelques unes de ces petites oeuvres sont harmonieusement disposées ici autour d'une discrète oeuvre de Toni Grand (photo 6)IMG_4154.JPG. Je ne retiendrai que deux d'entre elles qui, à mon sens résume sa démarche. L'une qui ne mesure pas plus que 13 cm sur 22 environ (photo 7) IMG_4142.JPGet l'autre 7 sur 23 (photo 8)IMG_4143.JPG. La première est vert d'eau, la seconde ocre clair. Pas de figure, mais deux espaces mouvants ou la couleur circule autour de profondes griffures et de taches blanches qui affleurent, synthèse de la terre et de l'eau.

On ne peut que saluer l'idée d'avoir rapproché ces deux artistes et d'avoir si bien su les faire dialoguer. Cette exposition est aussi très émouvante quand on sait que la majeure partie de leurs oeuvres à tous les deux a été ravagée par le feu.

Pierre Tal Coat - Toni Grand - "Frontspace" - Galerie Christophe Gaillard, 5 rue Chapon, 75003-Paris.          Tél : 01 42 78 49 16. Jusqu'au 29 juillet.

 

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