La révolution de Cartier (par Sylvie)
La Fondation Cartier a quitté sa belle "maison" de la rive gauche, édifiée par Jean Nouvel boulevard Raspail, pour s'installer au centre de Paris, entre Louvre et Palais royal, dans ce qui fut tour à tour depuis 1855, le Magasin du Louvre, puis le Louvre des Antiquaires. Le majestueux navire de la rue de Rivoli, repensé par Jean Nouvel, offre de larges volumes où les oeuvres exposées, représentatives de 40 ans de collection, peuvent se déployer dans un espace ouvert. Reste à déambuler.
On est un peu perdu dans ces trois étages qui présentent chacun 5 thèmes faisant dialoguer des oeuvres de toutes sortes, de toutes tailles, de tous mediums et de tous horizons, touchant à l'architecture, l'artisanat, les sciences et la technologie, la nature, sans oublier les paysages sonores et les photographies... Oui, il s'agit bien d'une "Exposition générale" pour nous faire explorer tout le champ culturel de notre époque dont le substrat ne compte pas moins de 600 oeuvres et plus de 100 artistes !
Le volume des lieux est impressionnant tout autant que la dimension de certaines oeuvres qui s'inscrivent dans une dynamique exponentielle. On est loin de l'intimité de l'ancienne Fondation, mais dans ce monde de géants, on contemple en lillipputiens ces nouvelles dimensions de l'art.
Voyez, par exemple, le gigantesque "Arbre chez lui" (1994) de Richard Artschwager (qui mêle bois, métal, peinture acrylique, miroir et pin vivant au sommet. La relation nature/architecture dépasse l'échelle humaine. (1)
Inversement la "Petite cathédrale" (2002) d'Alessandro Mendini a la taille
rassurant d'une maison de poupée, enlevant à l'édifice sa condition religieuse, ...noble ?

L'oeuvre de l'argentin Guillermo Kuitka (2013), plus conforme à nos critères peinture, fait vibrer dans l'espace de la toile l'activité humaine. (2)
Pour Cheri Samba, du Kinshasa, la couleur est force vitale. Il en use pour traduire en tableaux narratifs les réalités politiqu
es et sociales.(3)
Olga de Amaral dont la Fondation nous avait régalés boulevard Raspail, mêle rigueur du Bauhaus et traditions artsanales pour un résultat éblouissant, un mur de bandelettes en laine et crin de cheval, aux couleurs des paysages locaux. (4)
A propos des pieux de bois plantés dans le sable, à Saint Malo, pour protéger la côte des tempêtes, Raymond Hains, dans une vidéo (1994) et sur une musique de Mahler, évoque Chateaubriand et la mélancolie de toutes choses sur le point de s'effacer. (5)
Pour "Etre nature", la brésilienne Solange Passoa fait entrer dans le bâtiment du musée une forêt colossale (Miraceus 2004-2023) dont la richesse égale celle de l'environnement urbain: les plumes de poulet vibrent comme feuillage ou des êtres vivants. (6)
On ne fait que les deviner les Ephèmères, ces insectes volants et fugaces des marais qui font vibrer les voiles blancs de Christian Boltanski : dispositif tout aussi éphèmère qui évoque, comme toujours chez cet artiste, le transitoire de la communauté humaine, sa disparition inéluctable. (7)
Ma promenade se termine sur un peu d'humour: l'artiste belge Panamarenko fabrique, avec différents materiaux des machines à voler, à la fois sophistiquées et poétiques. Cette "Nova Zemblaya (1996) est le produit d'une technique scientifique élaborée et fantaisiste, nourrie de l'étude des insectes. (8)
L'Exposition générale se tient jusqu'au 23 août à la Fondation Cartier, 2 place du Palais Royal, 75001 - Paris. Tous les jours sauf le lundi. Nocturne le mardi jusqu'à 22 heures.



Commentaires
Sylvie Merlino, tes commentaires sur al révolution Cartier me poussent à y aller. Grand merci, Silvia
Sylvie Merlino, tes commentaires sur al révolution Cartier me poussent à y aller. Grand merci, Silvia