Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/06/2009

Claude GEORGES (par Régine)

Quelle émotion en découvrant, après une si longue absence des cimaises parisiennes, une exposition entièrement consacrée à Claude Georges. Ce peintre, qui est mort prématurément des suites d'un accident de voiture, a laissé une oeuvre rare. Rare parce qu'elle a été brutalement interrompue, parce qu'elle est d'une extrême complexité technique et n'a pas pris une ride, enfin parce qu'elle n'a pas été exposée à Paris depuis 20 ans. En effet, hormis une grande rétrospective au Musée de Montauban au printemps 2000, cette oeuvre, connue des initiés, ne l'est pas du grand public.

La puissance de déflagration des six toiles accrochées dans la petite galerie "L'or du temps", rue de l'Echaudée, m'a laissée interdite. Que donnent-elles à voir ? A la fois un ailleurs et un nulle part ; elles nous entraînent dans des contrées totalement inconnues où la menace d'un cataclysme n'est jamais loin. On peut bien sûr y voir des paysages intersidéraux, le relief de planètes inconnues, ou des fragments d'univers en dérive, mais aussi et surtout de purs espaces mentaux où s'affrontent tout un jeu de contradiction.

Je me suis attardée sur deux d'entre elles. Le sentiment général qui se dégage de la première claudegeorges_1963.jpg(Huile sur toile, sans titre, 1963, 97 x 130) (Photo n° 1) est celui d'un choc, d'un écrasement brutal entre deux mondes : minéral ? animal ? Des masses ovoïdes, blanchâtres, soulignées d'un léger trait noir, maculées de jaune, situées dans les deux tiers inférieurs de la toile filent et s'étirent horizontalement jusqu'à dépasser le cadre ; elles heurtent et brisent violemment une "chose" qui explose en taches rouge sang et giclures noires dans le bas du tableau. Un graphisme fin et ferme s'échappe de ce magma. Serait-ce un immense insecte ou un brasier que ces blocs blancs comme la glace auraient allumé ? Cette collision provoque à gauche de larges traînées noires éclairées de jaune, à droite des espaces blancs maculés de beige, mais ne repose sur rien. Au dessus et au dessous c'est le vide, un vide gris et transparent traversé de lueurs vaporeuses et blanches.

Une tension intense se dégage de cette toile, partagée entre la maitrise du graphisme et du maniement de la couleur et un climat lyrique et poétique. En 1962 Claude Georges abandonne l'acrylique pour revenir à l'huile ce qui lui permet d'obtenir une grande transparence de la couleur. Voyez le gris allumé de lueurs blanches qui forme le fond de la toile, les beiges dilués, et l'utilisation du jaune éclairant les blancs et les noirs de lueurs sulfureuses : tout un jeu de forces contraires entre le chaud et le froid, la lourdeur et la légèreté notamment.

Sur un fond gris très sombre, telle une météorite ou un grand vaisseau spatial, une grande forme ovoïde occupe horizontalement tout le champ du deuxième tableau claudegeorges_1964.jpg(huile sur toile, sans titre, 1964, 114 x 162). (Photo n° 2). Couleur de pierre sur les bords elle s'ouvre sur un vide dont la blancheur est rehaussée de quelques traces noires (mais est-ce un vide ?). Cette masse qui semble si lourde frôle à peine un sol noir d'encre et le fracasse, provoquant une série de fissures blanches qui s'illuminent de jaune, rouge, bleu profond.

Comme dans la toile précédente, le conflit est extrême entre les forces contradictoires mises en présence et qui s'affrontent. Mais quelles sont-elles et quel est ce spectacle menaçant auquel nous assistons ? N'est-ce pas magnifique et terriblement angoissant ?

Dans ces deux tableaux, comme dans ceux de Matta, les espaces, bousculent la perspective classique et s'imposent selon des rapports de poids, de forces, de vitesses simultanées. Celui de l'espace et du temps est exploré de façon totalement neuve. Claude Georges nous met face à des contrées jamais vues, ni même imaginées.

De formation scientifique, l'artiste était très sensible aux découvertes de son époque ; la conquête de l'espace, les premiers pas de l'homme sur la lune, l'avaient fortement marqués. Grand amateur de science fiction et de bandes dessinées, son imagination puisait aux sources modernes du fantastique. Mais qu'on ne s'y trompe pas, si la tentation d'établir des analogies est inévitable, Claude Georges n'illustre rien, il nous montre des espaces émotionnellement neufs où de multiples forces antagonistes s'affrontent, où les formes, les lignes, les couleurs sont à la fois autonomes et liées à l'ensemble de la toile pour former un tout extrêmement cohérent.

En conclusion je reprendrai ce que dit Geneviève Bonnefoi (1) citant Roger Caillois "Mais peut-on vraiment longtemps échapper à l'homme, échapper à la nature ? Ces feux, ces glaces, ces forces antagonistes, sont-ils rien d'autre que ceux que nous portons en nous et que l'artiste souvent exprime à son insu".

(1) Geneviève Bonnefoi, "Claude Georges". Artistes d'aujourd'hui. Collection de Beaulieu.

Galerie d'Or du temps, 25 rue de l'Echaudé, 75006-Paris. 01 43 25 66 66. du mardi au samedi de 14 h 30 à 19 h. Jusqu'au 27 juin 2009.

09:40 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Bonjour,

C'est après avoir visiter les pages de votre blog et constaté l'intérêt réel que vous portez à l'art, que je me permet de vous écrire pour vous convier à une exposition-vente célébrant les trente ans de peintures d'une "chinoise indomptable": LI SHUANG. Celle-ci se déroule actuellement 20 août au 30 novembre dans un lieu privatisé aux environs de Paris.

En effet, LI SHANG, c'est l'empreinte d'une peintre et d’un combat pour la liberté d'expression. Autrefois, membre fondateur du groupe des ETOILES (art nouveau qui expose en contestant le parti et l'art officiel ), jetée également en prison pour un amour interdit avec un diplomate français..Aujourd'hui réfugiée dans la peinture, LI SHUANG, est reconnue par les amateurs et professionnels voire même par le marché de l'art que la place au 325ème rang mondial des ventes aux enchères.

Pour de plus amples informations: - Roch Kieser
par téléphone: 06 69 90 15 63
ou par email: neo.candicy@yahoo.fr

Écrit par : corinne tozy | 24/08/2009

Bonjour,
Je viens déménager et ai décider de donner au Claude Georges acheté en 1975 ou 76 une place d'honneur pour accueillir les visiteurs. La toile était en vitrine de la galerie Regards, rue de l'Université et je m'étais arrêté net provoquant un petit embouteillage pour demander à la galeriste de me la réserver. Je l'ai accrochée aujourd'hui avec la même émotion qu'il y a quarante ans.
maS.

Écrit par : STIERNON | 17/07/2014

Votre commentaire concernant Claude Georges et l'achat coup de foudre de votre tableau m'a beaucoup touchée. Effectivement Claude G. a été pendant plusieurs années un des peintres de la Galerie Regard. C'et un peintre exceptionnel, mais qui fait partie de cette génération balayée par la vague américaine et par tous les mouvements qui ont surgis dans les années 1970 (Pop Art, Support Surface, Art minimal etc....). C'est un peintre, qui a quelque chose de très fort à dire, qui sait nous entraîner dans des contrées inconnues de nous-mêmes, le tout servi par une technique remarquable.

Écrit par : Lissarrague Régine | 18/07/2014

Bonjour j ai découvert votre site et vous contacte car j ai l œuvre maître de Claude Georges à vendre pouvez vous m orienter . Merci d avance

Écrit par : Sarah | 23/07/2014

si Sarah cherche toujours à vendre cette peinture de Claude Georges, il se pourrait que je sois interessé; peut - elle me contacter? vincent

Écrit par : vincent chesneau | 26/12/2014

bonjour, je suis en possession d'une lithographie de Claude Georges, signée et numérotée, E.A/ 11/15. comment vous faire parvenir une photo?
j'aimerais connaitre l'estimation de cette litho, par avance je vous remercie

Écrit par : lefevre | 14/01/2015

à mon adresse mèle : superpettiot@aol.com
merci

Écrit par : chesneau | 15/01/2015

Les commentaires sont fermés.