Erwin Wurm (par Sylvie)
La galerie est un peu loin pour qui habite Paris intramuros, mais le lieu est grandiose, clair et d'un extrême dépouillement. qui sied à Erwin Wurm, artiste autrichien, né en 1954, un "poulain" de Thaddeus -Ropac qui l'a déjà fait connaitre. Le caractère paradoxal de ses œuvres, un peu fantasques, trouvent là une sorte d'austérité qui, par contraste, en accuse le sens.
Tels des gardiens du temple, deux blocs géométriques, l'un blanc, élancé, à l'habit féminin gravé en surface, l'autre en marbre noir massif et rectiligne comme un costume croisé, des uniformes en quelque sorte, nous introduisent dans l'univers de Wurm : ce ne sont pas des humains mais deux idées d'humains sans têtes, rigides, comme fermés sur eux-mêmes et les autres. Ces Box people (2025), semblent assignés à des types professionnels ingrats, peut-être à vouloir filtrer les arrivants., mais rien d'autre que des caricatures, des coquilles vides. (photo 1)
Tout au long de l'exposition, Wurm pousse le visiteur à remettre en question les idées acquises et, pour ce faire, il leur façonne une plasticité , donnant forme à l'immatériel. Les "Mind bubbles" sont des silhouettes ovoïdes au sommet de frêles jambes semblant défier la gravité. Ces "bulles de pensée", proches des dessins de BD, jouent sur l'équilibre - fragile - entre corps et esprit, légèreté et poids. Et les inflexions qui leur sont données, communiquent une expressivité particulièrement humaine (2).
Les longues jambes noires, surmontées d'un visage de cartable, résument l'enseignant, son pouvoir et son savoir, mais, au sol, le voilà terrassé d'incapacité (3). Le ridicule tue, dit-on !
Derrière lui se profile, en taille réduite, l'école où Wurm a passé ses premières années. Tout est effectivement réduit, l'architecture et le mobilier, à l'image, nous suggère l'auteur, du système éducatif (4). Changement d'échelle efficace !
Dans le travail de Wurm, les vêtements ont une grande importance. Fragiles et fantomatiques ils s'opposent aux matériaux solides. "Les vêtements sont notre seconde peau" dit l'artiste, "une sorte de carapace qui sépare notre corps du monde extérieur", une frontière et, en tant que tels, sont un matériau à part entière qui modifie notre perception de ce qu'ils renferment. Surfaces sculpturales par elles mêmes, elles se différencient de leur contenu. Les survêtements, blancs, jaunes, bleus, esquissent une pantomime comme des êtres vivants, et les capuches affaissées des sweats, mollement suspendues, accusent leur âge par la béance; Elles ont une vie propre et une individualité de matériau à sculpter (5)
Deux œuvres majestueuses concluent l'exposition : un Balzac de plus de trois mètres de haut,

Substitutes Shadows (2023) qui fait écho a l'œuvre de Rodin. De ce tas de vêtements, en aluminium, émerge l'idée d'une personne, non pas la personne réelle mais sa représentation sculpturale, son volume, sa renommée (6).
Autre grand format, un voilier de 6 mètres , courbe, conçu pour prendre des virages , ...et seulement ça. Il ne peut que tourner en rond ! (7). Voilà bien un exemple que la modernite pourrait engendrer !
A détourner les formes et les objets du quotidien, Wurm interroge notre époque avec humour. Son regard est certes, critique, mais quelle imagination !
Erwin Wurm :" Tomorrow yes", Galerie Thaddeus-Ropac - 69, avenue du Général Leclerc, 93500-Pantin. Jusqu'au 11 avril 2026. D'autres oeuvres du même artiste sont exposées à l'adresse parisienne de la galerie: 7 rue Debelleyme, 75003.



