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10/11/2020

Gunther Uecker (par Sylvie)

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La galerie Levy Gorvy ne s'affiche pas. Il faut la chercher pour la trouver. Et aujourd'hui, comme toutes les galeries, elle est fermée du fait du confinement. Dommage, car elle s'est tout juste installée dans le  3ème arrondissement de Paris, dans un passage, histoire de s'intégrer discrètement mais fermement dans le tissu social et artistique de la ville. Le lieu, conçu à l'origine par Jean Nouvel et remanié par Luis Laplace, est assez fameux pour avoir abrité les bureaux et collections de Claude Berri.

Pour sa première "monstration", cette galerie américaine, implantée à New-York mais également à Londres et Hong Kong, a mis en place des oeuvres d'un artiste allemand peu connu du grand public français, Gunther Uecker qui, né en 1930 à Wendorf, a pourtant appartenu au groupe Zéro - dont l'objectif était de révolutionner le langage de l'image - puis adhéré en 61 au Nouveau Réalisme, au côté d'Yves Klein, Giulio Fontana,  Arman.. et représenté l'Allemagne à la Biennale de Venise en 70.

A l'occasion de cette première exposition en solo depuis 1968, les plus avertis d'entre nous se rappelleront ce qui, dès les années 50, a caractérisé son art : une peinture à clous de gros calibre - objets du quotidien par excellence - disposés en quantité  sur toile et autres supports, leur assemblage et leur nombre donnant une perception vibratoire de la lumière et une dynamique linéaire parfois aussi poétique que celle du vent dans les embruns. Je ne résiste pas à les montrer même s'ils ne figurent pas dans cette exposition.

gunther_uecker_a-x_zero_garden_d5768220g.jpgvanham_uecker.jpg-double spirale.jpgPour illustrer cette démarche qui perdure, voyez deux de ses Spirales  (2017 photo 1 et 2010 2 photo 2) dont les mouvements d'ensemble tourbillonnants, avec leur flux de matière et d'énergie, évoquent aussi bien des diagrammes chimiques que des mouvements de foule, des rides à la surface de l'eau ou quelque rituel méditatif. Comme sur un cadran solaire le spectateur y lira le temps en fonction de ses déplacement et de la lumière.Uecker-Baume-740x480.jpg6-troncs.jpg La sculpture  hérissée en tous sens de gigantesques clous sur des troncs d'arbres ( 2020,photo 3 ), interroge. Sont-ce de piquants oursins cramponnés à leurs rochers, et les trois fûts des fétiches de sorcellerie destinés à conjurer le mauvais sort, tous porteurs de violence et témoignage d'une évidente barbarie ?  Un autre regard existe cependant : ces pelotes à la volumétrie toute en rondeur réveillent des images de nids douillets. Question d'état d'esprit !

vODLa0Wc.jpeg-Uecker vue gene 2.jpegQuel rapport, direz vous, avec ce qui était exposé dans le Marais et qui le sera peut-être encore, nous l'espérons, dans quelques semaines, puisque "Gunther Uecker: Lichtbogen", titre de l'exposition, montre des toiles monumentales peintes à l'aquarelle et nommées - je traduis en français - "Arc de lumière". (2020 photo 4)                                   

Quelle plénitude ! C'est un éblouissement. La limpidité des bleus traverse les toiles avec la même énergie que les clous plantés- ce qui était déjà une façon de se détourner de la figuration - mais l'agressivité du médium métallique s'est muée en une gestuelle gaie, ample, aérienne, répétitive comme le sont les saisons et le labeur de la terre, toutes choses environnementales auxquelles l'artiste est sensible.. Elle se manifeste dans le processus d'exécution de l'oeuvre :FOvt48s0.jpeg-Uecker multicolore.jpeg le pinceau attaché au bout d'une ficelle, Uecker, tel un géomètre, trace sur le toile au sol un arc de cercle fluide et lumineux, presque immatériel, à la régularité apaisante. Ces toiles ont été peintes dans le désert ocre et scintillant du golfe persique, terre biblique qui a fait naitre un enthousiasme et une jubilation communicative. Etonnant chez un artiste d'un âge aussi respectable. Ses toiles nous emportent. Et lorsqu'il affiche les multiples variations de la lumière, c''est le même chatoiement (photo 5).

En choisissant le bleu en grand format, Uecker ne s'est il pas aussi retrouvé dans les mots d'Yves Klein : "le bleu n'a pas de dimension...Toutes les couleurs amènent des associations d'idées concrètes...tandis que le bleu rappelle tout au plus la mer et le vide...".

Gunther Uecker: Lichtbogen, galerie Lévy Gorvy, 4 passage Sainte Avoye, 75003, Paris ( entrée 8 rue Rambuteau) 01 58 80 82 40. www.levygorvy.com

Si le confinement prend fin début décembre, l'exposition devrait se poursuivre jusqu'au 9 janvier. Sinon, la possibilité d'une visite virtuelle serait la bienvenue. A voir !

 

18:08 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)