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12/11/2012

Simon HANTAÏ (par Sylvie)

Grande surprise pour moi et peut-être pour d'autres que les toiles de Simon Hantaï (peintre d'origine hongroise,1922-2008) présentées à la galerie Jean Fournier ! Rarement exposées, elles sont néanmoins passionnantes. Ces "Panses" datent de 1964-1965, au temps de Support-Surface qui prônait les supports libres, et correspondent à la période charnière où Hantaï dans son désir de repartir à zéro, d'échapper au "je" du peintre,  décide "le pliage comme méthode" et la peinture en aveugle.  Cette nouvelle technique débouchera sur des all-over d' estafilades blanches ou colorées, selon qu'elles sont dues au pliages ou aux parties convexes peintes. Elle sera emblèmatique de l'oeuvre d'Hantaï. Les "Panses" correspondent à une étape de tâtonnements.                                                

La série se réfère à un texte d'Henri Michaux sur la nécessité de recommencer par la base, par les cellules, véritable problème de gestation. Pour l'histoire, sachez qu'elles se sont appelées d'abord "Maman, Maman" puis "Saucisses" et la signification est à chercher du côté de la langue hongroise qui confond dans un même mot le ventre de la femme enceinte et la saucisse que l'on mange après avoir tué le cochon.

En quoi consiste son nouveau procédé du pliage ? " Hantaï froisse une toile non tendue et le plus souvent la noue à l'aide d'une corde, saisissant des zones plus ou moins larges tout autour de la surface du tissu. Puis il peint la surface ainsi froissée, souvent plus d'une fois, repliant la toile et repeignant la surface entièrement ou en partie, selon l'inspiration. Il fait sécher les sacs formés de cette manière en les accrochant au mur ou en les laissant par terre avant de les déplier à nouveau et éventuellement, de les tendre pour les  exposer." (Molly Warnok, dans le catalogue de l'exposition).                                                                                                

 Les zones peintes, qui occupent ici une position centrale, ne sont ni  des collages ni des travaux d'entomologiste.  Non, ce sont des formes abstraites, ovoïdes, plus ou moins biomorphiques, des bâtons, des lettres boursouflées comme les enluminures du Moyen-Age, qui se détachent dans un espace blanc. Elles me rappellent les cellules cancéreuses peintes par Damien Hirst, sans la morbidité de celui-ci. Tout un monde en gestation, comme la peinture elle-même qui, à travers les plis et les replis, suit son cours, se cherche dans un processus incertain.                                                                                        Rappellez vous qu'un double clic sur chaque image l'agrandit.

HantaÏ (1) 11-11-2012 17;06;35.jpg "Panse" de 1964, huile sur toile 75x35cm, sur un fond blanc nervuré, pourrait évoquer un tronc d'arbre aussi bien qu'un i fatigué ou un tronçon de saucisse. Tronc d'arbre couvert d'écorces, i fatigué s'écroulant d'être massif, saucisse ou tube digestif à la volumétrie tangible laissant voir une chair tripière bariolée et ficelée. Une certain douceur est sensible comme si le peintre avait voulu palier un étranglement, unifier par petites touches horizontales au pinceau les cassures du pliage, les aplanir, les faire disparaitre par un ajout de couleur qui çà et là scintille.

Hantaï (2) 11-11-2012 17;15;43.jpgAutre "Panse" de 1964, huile sur toile,127,5x105cm. Elle a la forme d'un huit ou d'un haricot, d'un rognon peut-être. Les deux parties ventrues ont un saisissant relief  dû aux aplats de peinture. Les modulations de vert très subtiles, les pliures blanches, vierges de peinture et le flou central qui écartèle les renflements, donnent à la cellule le mouvement d'un organe où se joue un processus specifique : digestion ou parturition ? Comme chez les surréalistes, il y a toujours quelque chose d'éventré dans les oeuvres d'Hantaï, du moins une dimension corporelle.

Toujours de 1964, cette huile sur toile de 221x214cm, est Hantaï (3) 11-11-2012 17;20;16.jpgd'un grand format. Mate et rugueuse de par toutes ses arêtes, elle ressemble à un gros oeuf sur le point d'éclater. Pliages et peinture viennent remplir ou suturer les brisures formées par les déplis. La forme, très primitive, y puise sa densité. La "Panse" est pleine, elle est l'attente, le devenir.

Hantaï (4) 11-11-2012 17;23;39.jpgLa "Panse" de 1965, huile sur toile, 69,5x52,5cm fera le lien avec les toiles ultérieures d'Hantaï.  Les multiples traits inscrits dans la toile en jaune, en bleu, mettent en lumière la répétition du geste et la dialectique du fermé et de l'ouvert qui traverse tout le travail de cet artiste. Un travail à reconsidérer dans son ensemble à la rétrospective prévue au printemps 2013 au musée Pompidou.                                                                                  

Simon Hantaï"Panses", 1964-1965, galerie Jean Fournier, 22 rue du Bac, 75007, Paris. Jusqu'au 24 novembre.

19:54 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Ça fait plusieurs fois déjà que je consulte ton blog et je te dis BRAVO, c’est super ! :) continue comme ça !!!

Écrit par : Toilettage | 06/12/2012

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