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31/10/2007

Carte blanche à Ugo Rondinone au Palais de Tokyo

  1. Stimulée par l'article de Dagen dans le Monde du 12 octobre, je suis allée au Palais de Tokyo voir l'exposition conçue par l'artiste suisse Ugo Rondinoe.
  2. Intitulée "The third mind" - traduisons "le troisième esprit" - elle emprunte son titre à un ouvrage (dont plusieurs pages sont exposées) réalisé par deux romanciers américains de la Beat Generation, William Burroughs et Brion Gysin dans lequel leurs deux écritures, mélangées au hasard, découpées, permutées, débouchent sur un nouveau texte dont l'auteur est invisible et insaisissable, et pour cause.
  3. Sur ce schéma du "cut up", héritage de Tristant Tzara, Rondinone a réuni une trentaine d'artistes qu'il rapproche et confronte.
  4. Convaincue ? Par vraiment, malgré certaines idées fortes issues de ces juxtapositions. Par exemple, l'installation de Sarah Lucas présentant une voiture accidentée se détache sur des photos de parking vide : le ton de la désespérance de l'exposition est donné.
  5. Une gigantesque sculpture abstraite du minimaliste Ronald Bladen, jouant équilibre/déséquilibre (on pense à Richard Serra), poids et envol, occupe l'espace d'une autre salle où est posée une série de têtes habillées de cuir noir de Nancy Grossman. Autant ces masques mystérieux évoquent Sade, le crime, la violence et la sensualité, autant l'oeuvre de Blanden est toute de spiritualité.
  6. Dans les salles suivantes le choix des oeuvres et leur juxtaposition ne m'ont que bien rarement fait ressentir cette 3ème présence si chère à Rondinone.
  7. Deux ou trois salles ont échappées à ma déception. Près des croix de différentes tailles de Valenton Carron figurent deux peintures qui m'ont parues éblouissantes de Jay Defeo. En émane une aspiration, une difficulté à sortir de ce monde fracassé, douloureux, matériel. C'est un éclat de lumière et d'immatériel dans un monde bien noir.
  8. Plus loin, autour de l'atelier du peintre suisse J.F. Schnyer reconstitué, sont alignées au mur de petites toiles représentant les salles d'attente vides de gares suisses. Que de solitude et de mélancolie dans tout cela !
  9. L'exposition se termine par la projection des vidéos qu'Andy Warhol a fait de ses amis, filmés de face, yeux ouverts, galerie de portraits silencieux qui dessinent un univers inaccessible en raisonnance avec les photogrammes fantomatiques de Bruce Conner.
  10.  Comme moi, vous n'apprécierez peut-être pas toutes les oeuvres choisies par Rondinone. Certes, elles ne cherchent pas la beauté mais elles sont toutes déroutantes, et comme dit Dagen "Rien que pour s'affronter à ce bouleversement de nos habitudes visuelles l'exposition vaut le détour".

"The third mind - Carte blanche à Ugo Rondinone" au Palais de Tokyo - 13, av. du Pt Wilson, 75016-Paris. 01 47 23 38 86. Tous les jours sauf lundi et certains jours fériés. Jusqu'au 3 janvier 2008

23/06/2007

Anselm Kiefer au Grand Palais

Anselm Kiefer au Grand Palais.

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        Toutes les forces telluriques, historiques et cosmiques semblent avoir gouverné les œuvres d’une stupéfiante beauté  qu’ Anselm Kiefer, artiste allemand né en 1945, présente dans la nef transparente et légère du Grand Palais : contraste saisissant entre deux monumentalités, deux siècles, deux façons de voir le monde.  

Autant le Grand Palais, construit pour l’exposition universelle de 1900 est emblématique d’une période florissante et confiante en l’avenir, autant l’œuvre de Kiefer, dont le terreau est l’histoire et la mémoire, peut paraître austère et empreinte de tragique.

            Oubliée l’échelle humaine, tout est dans la démesure. Sur de gigantesques toiles à la matière épaisse et craquelée s’inscrivent  jusqu’en un lointain horizon la germination probable des champs dévastés; des herbiers géants, comme fossilisés, ou des mini croiseurs de plomb  tapissent bord à bord jusqu’au vertige les murs de « maisons », véritables blockhaus en béton et acier ; des tours ruiniformes, de plusieurs mètres de haut, émergent de décombres ; une bibliothèque de plomb et de verre, semi ravagée, est celle d’un titan et fourmillent d’innombrables constellations matriculées dans l’étendue d’un ciel noir.

            Oubliée, ou presque, la couleur qui sort du tube et se manie au pinceau. Les outils de Kiefer ne peuvent être que couteau, marteau, grues et ingénieries de toutes sortes pour attaquer le plomb, la tôle, le béton, le verre. Il ajoute, sur la surface peinte, de la paille, des branchages pris dans le plâtre et des débris de guerre dégradés, un potentiel de vécu que les intempéries ont achevé de transformer. Ainsi, au-delà du blanc et du noir, les couleurs, nées de ces expositions - le rouge est  rouille - ou  de la matière brute – le brun est  glaise, le gris est plomb,y prennent une profondeur charnelle.

Le choc visuel est violent. Tant de désordre, de déséquilibre et de symbolique de destruction.

            Ce qui est donné à voir est lyrique, fascinant et d'une intensité émotionnelle et esthétique peu commune. Cela évoque avec une poésie puissante, d’un  romantisme très germanique, la guerre, la shoah, l’histoire naturelle et humaine – en particulier le passé nazi.  D’ailleurs, ces œuvres sont dédiées à deux poètes d’après la shoah, Paul Celan et Ingeborg Bachmann. Certains pourront trouver ce travail  à ne pas s’échapper du réel, écrasant et mortifère.

Il est vrai que la tour de guingois, éventrée, avec ses étages déboîtés et ses tournesols de ferraille jaillissant des ouvertures béantes, est une vision brutale et poignante faite de densité de matière, de déplacements chaotiques et de lignes exponentielles.  Mais combattant le mal par le mal, elle dénonce avec fracas une occultation éventuelle du passé.

L’exposition a pour titre « Chute d’étoiles » en référence à la vie et la mort des planètes. Kiefer y voit le destin des civilisations, une histoire du temps.

 

Monumenta 2007, au Grand Palais, à Paris, Avenue Winston Churchill, 75008, jusqu’au 8 juillet.

04/03/2007

Exposition au Mac Val

Zones de productivités concertées. Homo Economicus

Le titre est rébarbatif. C'est pourtant celui d'une série d'expositions temporaires, en trois volets, au Mac-Val (Musée d'Art Contemporain du Val de Marne) d'Ivry sur Seine, qui a débuté le 13 octobre 2006 et doit se terminer le 19 août 2007, avec pour thème l'économie. Un prétexte pour dresser un panorama des pratiques artistiques de jeunes artistes nés dans les années 60 ou 70.

Le volet 2, ouvert depuis le 2 février, court jusqu'au 29 avril 2007.

Si vous êtes déjà un peu déroutés par le thème et le titre, ne cherchez pas d'éclaircissements dans le dépliant à l'entrée. Il est illisible, beaucoup trop intellectuel pour susciter l'intérêt d'un simple visiteur un peu curieux. Jetez-vous dans le vide !

A petits pas suivez ce qui est donné à voir du questionnement économique de six artistes en présence et jugez plutôt de la faculté à nous faire toucher du doigt une des facettes de la question, ô combien présente dans notre vie aujourd'hui. Ce n'est pas toujours clair au premier coup d'oeil, sachez saisir au deuxième degré.

Les quatre sculptures de Daniel Firman se réfèrent à un équilibre instable : "Jérôme" va tomber, "Clémentine" fait les pieds en l'air, l'éventail fluo n'arrête pas de boucher comme la croix verte d'une pharmacie, et un coffre-fort s'éfondre sur un support trop frêle. Est-ce la société de consommation qui nous estourbie ainsi ? Pascal Pinaud piège notre système de monstration à tout va avec humour : mélangeant tapis orientaux et potences à kebab dans un "kebab à voeux" serti de cadenas, ou campant une serre des plus horticole pour sublimer des dessins. L'image de la géode de La Villette est altérée par Raphaël Boccanfuso. Cette pixellisation, d'un effet assez magique, lui permet d'en revendiquer la propriété. Les oeuvres d'Elodie Lesourd procèdent du détournement. En photographiant des installation d'autres artistes, elle les rejoue "perso". Les multiples photos de grand format d'Alain Bernardini, pointent le travail et le repos de ceux qui s'activent au musée, les ouvriers, les secrétaires et les autres et éclairent la notion de productivité. Il vous restera à découvrir la vidéo de Sandy Amerio sur la formation de l'inconscient collectif et "machinique" du monde.

Mac-Val, Place de la Libération, 94400, Vitry sur Seine. Tous les jours sauf le lundi de 12 h à 19 h ; nocturne le jeudi jusqu'à 21 h.