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07/05/2012

El ANATSUI (par Sylvie)

El Anatsui-triennale et beaubourg 005.JPGEl Anatsui-triennale et beaubourg 006.JPGL' oeuvre est pour moi époustouflante, un enchantement. "Sasa", 2004, (photos 1 et 2) domine l'entrée du MNAM à Beaubourg de ses 5 ou 6 m2. de  masse multicolore. Son auteur? El Anatsui, un artiste ghanéen né en 1944 et vivant au Nigeria. Assez peu connu du grand public français bien que de renommée internationale depuis la Biennale de Venise en 1990, il vient tout à coup de lui être révélé par l'habillage qu'il a réalisé du Musée Galliera, le musée de la Mode à Paris, et par une autre oeuvre, dans le cadre de la Triennale au Palais de Tokyo, en face.

GEDC0029.JPGGEDC0036.JPG"Sasa" comme "Tiled flower garden", 2012, (photos 2 et 3) à la Triennale sont spectaculaires.. Pas seulement par leur taille, leur épaisseur, leur aspect non fini mais par leurs couleurs somptueuses, l'étrangeté et la profusion de leur médium semi- rigide comme une cote de maille, et leur texture souple. Elles tiennent du tissage, de la tapisserie, du manteau royal ou de quelque pelage animal. Et rappellent aussi bien les patchwoks américains que les oeuvres du peintre autrichien Klimt ou... les pixels des images numériques. Et tout cela avec un caractère très artisanal et très richement sophistiqué.

Mais de quoi ces deux oeuvres sont-elles faites ? Il faut s'approcher pour s'en rendre compte. Il ne s'agit pas de peinture, pas d'étoffe. Il s'agit d'un assemblage d' innombrables capsules aplaties de bouteilles et de découpes de canettes en aluminium, de vieux restes en quelque sorte de la société de consommation et qui témoignent des échanges commerciaux entre l'Afrique et l'Occident et des effets de la colonisation (l'alcool contre les esclaves). Surprenant pour un sculpteur qui a beaucoup travaillé avec des matériaux naturels, moins pour un artiste desireux d'utiliser ce qu'il trouve dans son environnement, surtout s'il porte la trace d'usages passés. El Anatsui rappelle que le travail de mise à plat de ce métal est proche du placage de l'or sur les objets dans des mines du Ghana.

"Salsa" est suspendue à la verticale. Sa pesanteur ne cache pas l'irrégularité des contours et le bas traine au sol. Disons qu'elle pendouille comme si l'artiste avait voulu laisser aux installateurs la liberté de jouer avec elle et avec l'espace.  Les multiples pastilles dont elle est faite forment une composition abstraite très construite en bandes, en lignes ou en plages de couleurs chatoyantes. Toutes sortes de nuances apparaissent selon la lumière, les inscriptions sur les capsules, l'assemblage plus ou moins lâche et ses fils de cuivre, les pliages et les noeuds.

"Tiled flower garden" se présente comme un large tapis fluide, l'épiderme abandonné de quelque monstre marin ou un filet de pêche jeté au sol et couvrant un rocher.. Les plis multiples mettent en évidence la malléabilité du métal. Ce qui apparait d'abord comme une trouée centrale laissant voir le béton s'avère une trame plus légère où scintillent les capsules argentées comme des écailles de poissons. L'ensemble évoque le fleuve Niger, une large et majestueuse coulée poissonneuse pleine de poésie.

El Anatsui-triennale et beaubourg 001.JPGLe musée Galliera (photo 5), ancien palais du XIXème d'inspiration Renaissance, est lui aussi paré dans la magnificence. Ses larges baies sont occultées au profit d'un habillage un peu provocateur de miroir qui accroche la lumière jusqu'à éblouir et de vieilles plaques alvéolées mates toutes roussies d'usage. Le recyclage de matériaux de récupération reste là encore l'idée forte de l'artiste: l'oeuvre, dans sa monumentalité  30mx10m) et son aspect de tombeau hermétique, réussit à mixer le gai et le triste,le terne et le clinquant, le présent et le passé, l'artisanal et l'industriel, l'Europe et l'Afrique et à faire entrer le vent de la vie moderne et urbaine sur une architecture séculaire.  Cette approche ethnologique et universaliste est le propre de l'exposition "Intense Proximité" au Palais de Tokyo.

 

MNAM, Centre Pompidou, piazza Beaubourg, 75004 Paris. Tous les jours sauf le mardi;  

Intense Proximité, Palais de Tokyo, 13 av du Président Wilson, 75016, Paris. De midi à minuit tous les jours, sauf le mardi. Jusqu'au 26 août.

 

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