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22/12/2010

Alexandre HOLLAN (par Régine)

En parcourant l'exposition d'Alexandre Hollan actuellement à la Galerie Vieille du Temple, et en observant ses oeuvres si "silencieuses" j'ai été surprise d'entendre le bruissement de la vie.

Le travail de cet artiste hongrois, installé en France depuis plus de 40 ans, comporte deux facettes bien différentes mais somme toute complémentaires : des natures mortes et des dessins ou peintures d'arbre. Elles le sont par la façon don il aborde les deux sujets : une attention patiente à la vie des objets et de la nature pour capter ce qui échappe au commun des mortels et pour faire sentir ce qui est à peine tangible, attention qu'accompagne une incessante méditation sur la nature, sur la lumière, sur la peinture.

Il ne parle pas de "Natures mortes" mais de "Vies silencieuses". Qu'essaye-t-il d'y saisir : les échanges imperceptibles qui passent entre quelques objets très simples rassemblés pour l'occasion - pot, cafetière, bouteille - et fruits posés auprès d'eux.

Les tons assourdis, veloutés, la façon dont ils se fondent les uns dans les autres, dont les contours des objets se dissipent laissent à penser qu'il s'agit de pastel. Or il n'en est rien car c'est bien avec l'aquarelle qu'Hollan parvient à donner une telle sensation tactile à la couleur. On pense alors que le papier lui-même à dû faire l'objet d'une lente préparation pour lui permettre d'absorber des couches et des couches de couleur et faire sourdre une lumière qui émane du coeur même des choses.

Oui, les objets qui composent ces "Vies silencieuses" communiquent entre eux par la couleur. Ils se fondent autant les uns avec les autres qu'avec le fond. Ils existent individuellement mais aussi comme faisant partie d'un tout. Si chaque objet garde sa couleur dominante (brun, pourpre, violet) un ton sous-jacent unifie l'ensemble, réveillé parfois par la clarté jaune d'un fruit (photo 1)GEDC0019.JPG. Les contours se défont pour laisser passer une seule sonorité. Ici ce sera le brun (photo 2)GEDC0020.JPG, là le bleu (photo 3GEDC0021.JPG) ou encore l'ocre (photo 4).

GEDC0022.JPG


Les dimensions de cette dernière (82 x 106) donnent aux choses une extraordinaire présence ; elle est comme un "zoom" des formats plus petits accrochés en face d'elle.

Dans cette répétition incessante du même motif on pense bien sûr à Morandi - ils ont d'ailleurs été exposés ensemble en 2001 à Vevey en Suisse - mais si on ressent chez ce dernier le sentiment d'anxiété de ne jamais pouvoir saisir véritablement ce qu'il cherche, la mélancolie dans l'oeuvre d'Hollan est d'un autre ordre. Les objets qu'il peint sont usagés ou rouillés, les fruits sont mûrs Il entre en résonance avec eux pour capter la lumière qui surgit de la beauté de leur usure, de leur mûrissement. En nommant "Vies silencieuses" ses natures mortes il nous invite à regarder le temps qui imperceptiblement passe et change toute chose.

Son attitude n'est pas différente devant les arbres, dont les dessins et les peintures forment la 2ème partie de cette exposition. Les dessins sont rarement isolés (photo 5)GEDC0028.JPG
, mais réunis par 2, 4 6 ou 8 GEDC0023.JPG
(photo 6 et 7)GEDC0030.JPG
. Il nous montre ainsi simultanément les multiples perceptions et sensations qui le traversent devant le même sujet. Cela donne lieu à un tracé qui ressemble à un fin réseau sanguin irriguant les ramures, à un brouillard qui se dissout et frémit dans l'air, ou à un simple signe. Suivre ainsi les étapes qui sont l'image d'une succession d'états intérieurs est extrêmement émouvant.

Sur le diptyque au mur se déploie avec majesté un grand arbre très noir peint à l'acrylique (photo 8)GEDC0024.JPG
. Ici, comme à l'accoutumée, Hollan ne peint qu'à partir du haut du tronc, là d'où part la ramure ; c'est le rapport de celle-ci avec l'air environnant qui l'intéresse. Celui-ci circule entre le blanc de la toile et le noir profond des branches imposant à leur déploiement une absolue présence. Pour Hollan "les arbres sont des êtres et il les appréhende comme tel" dit Yves Bonnefoy.

Une belle vidéo montrant l'artiste au travail permet de visualiser sa démarche et de mieux se rendre compte de ce que j'ai tenté d'expliquer ici.

Mais laissons lui le dernier mot qu'on trouve dans le joli catalogue réalisé par la Galerie Vieille du Temple et Pagina d'Arte : "Il y a une force franche, immédiate qui s'affirme dans chaque mouvement de feuillage et qui affirme une résistance dans le cosmos où tout le reste bouge. Cette affirmation forte, tendue, je la reconnais, je l'aime (en dessinant au pinceau noir par exemple, ou avec les traits fulgurants au fusain".

Alexandre Hollan - Arbres - Vies silencieuses - du 2 décembre 2010  au 29 janvier 2011

Galerie Vieille du Temple 23 rue Vieille du Temple, 75004-Paris (01 40 29 97 52). Du mardi au samedi du 14 h à 19 h.

 

09:48 Publié dans Peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

10/12/2010

Georges Rousse (par Sylvie).

Dans les gigantesques volumes intérieurs vides photographiés par Georges Rousse le regard est happé et pris de vertige. Et mon impression a été la même cette fois encore devant les oeuvres exposées aux galeries RX et Putman.. Pourquoi ces espaces spectaculaires par leur taille, le déséquilibre qu'ils établissent et le tragique qui émane parfois de leur désolation sont-ils si  envoûtants?  Comment expliquer cette poétique de chantier ? .

GEDC0024 G. Rousse par Régine.JPGGEDC0025 Rousse par régine 2.JPGGEDC0018 Rousse par Ré 6.JPGLa galerie RX à Paris présente une dizaine d'oeuvres de grand format et quelques aquarelles préparatoires qui font mieux comprendre ce travail complexe sans en enlever le mystère.                                                                                                   Chasse sur Rhône de 2010 (tirage lambda, 125x160 cm, photo de droite) par exemple, montre l'intérieur d'un bâtiment en pierres apparentes, haut et vide. La diagonale de l'escalier indiquant l'accès à un probable ou ancien étage supérieur et le pilier central, partageant l'image en deux hémisphères, rejoignent les lignes des murs en un point focal au centre.  La lumière pénètre harmonieusement par les différentes ouvertures réparties en éventail. L'impression est, comme toujours chez Rousse, d'espace  et de silence. Le carré bleu, éblouissant et transparent, qui s'inscrit au centre de la pièce semble flotter dans l'espace. Il s'emboite dans le format de l'image, apporte une nouvelle profondeur de champ et revigore le lieu par sa forme géométrique et la dynamique de sa couleur pure.. On oublie la solitude sous-jacente initiale, on oublie le destin sans doute funeste du bâtiment pour se laisser pénétrer par le calme qui s'en dégage. Dans Alpilles de 2010 ( Tirage lambda, 125x160cm, au centre) un volume  rond est introduit dans un autre volume-cage construit dans un troisième. L'image de gauche représente l'aquarelle du projet Vitry 2007 (22x30cm).                                                                                                                                               

Georges Rousse fait oeuvre de photographe plasticien depuis les années 70 (il est né en 1947). En passionné de peinture, de graphisme et surtout d'architecture." L'architecture est la condition première et préalable à mon travail. Sans elle et sans cette mémoire ultime de l'architecture que je souhaite conserver, mon oeuvre n'existerait pas." C'est ainsi qu'il s'exprime. Ajoutons qu'il est, comme les artistes du land art, un grand marcheur aimant découvrir des lieux désafectés, et les donner à voir, transformés.

Comment donc les transforme t'il ? Quel est le trucage? Aucun. Photoshop est-il passé par là ? Non point. Il s'agit d'un long travail artisanal à partir de territoires insolites découverts : repérage dans l'espace du lieu d'introduction  de formes ou de volumes simples découpés à la scie en les situant préalablement à la craie après avoir peint le décor initial et projeté une diapo que l'objectif met à la dimension voulue. La technique de l'anamorphose sur la chambre photographique permet son positionnement et sa reproduction à des dimensions gigantesques qui déjoue la hiérarchie des plans, et donne une vision fictive des lieux.A l'inverse du kaléidoscope qui morcèle, Rousse rassemble les différents espaces peints en une seule image correspondant à son point de vue. Vient le moment le plus fort, selon lui, celui de la prise de vue. Lorsque la photo est faite, le décor est détruit. Reste pour le spectateur cette mystérieuse illusion d'optique d'un espace théatralisé, agrandi, spiritualisé, qui n'est pas sans faire songer à Malévitch.                                                                                                                                              D'autres oeuvres et plusieurs aquarelles préparatoires exposées chez Catherine Putman, spécialiste d'oeuvres sur papier, complètent cette exploration du travail de Georges Rousse.

Georges Rousse, "Architectures", galerie RX, 6 avenue Delcassé, 75008 Paris. 01 45 63 18 78. Jusqu'au 15  janvier 2011.                                                                                                                                                     Georges Rousse "Pérégrinations", galerie Catherine Putman, 40 rue Quincampoix, 75004 Paris. 01 45 55 23 06. Jusqu'au 15 janvier 2011.

19:00 Publié dans photo | Lien permanent | Commentaires (2)