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Henry Taylor au musée Picasso (par Régine)

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Voir l'exposition d'Henry Taylor au musée Picasso est une belle surprise. Il ne reste qu'à peine trois semaines pour en faire l'expérience. Encore méconnu en France cet artiste américain né en 1958 en Californie est un maître de la représentation sociale et politique des noirs américains.

20260804_160943.jpgMais pourquoi l'exposer au musée Picasso ? Il est évident que les raisons ne tiennent pas seulement au fait que l'artiste ait repris à sa façon certaines œuvres célèbres de Picasso telle Les demoiselles d'Avignon (photo 1) ici exposée. Mais la manière dont il destructure les formes et les figures, la liberté avec laquelle il les installe dans l'espace de la toile, l'utilisation d'objets du quotidien dans son œuvre et la présence forte qui se dégage de son travail ont à voir avec le maître du lieu.

20260804_150449_edited.jpgVoyons quelques tableaux qui vous donneront, je l'espère, l'envie d'en voir plus. Dans Screaming Head (photo 2), la bouche grande ouverte d'un personnage assis, les jambes écartées, la tête entre les mains, occupe le centre de la composition. Elle hurle son désespoir nous confrontant avec une émotion brute. La palette réduite dominée par des aplat de bleu et de jaune vif et la simplification formelle accentuent l'intensité de la scène. Tout ici concourt à exprimer la détresse du personnage. Même s'ils sont plastiquement très différents on rapproche immédiatement ce tableau de celui d'Edgar Munch intitulé Le cri. En effet ces deux tableaux évoquent une souffrance aussi bien individuelle qu'universelle.

20260804_160038_edited.jpgDans The 4 th (photo 3) une femme noire de stature imposante, vêtue de blanc, s'affaire devant le barbecue traditionnel du 4 juillet, fête de l'indépendance. Ici pas de symbole patriotique mais à l'arrière plan des murs évoquent une prison et le profil d'un jeune homme noir en haut à droite celui d'un prisonnier auquel pense peut-être cette femme. Ce décalage sous-entend que tout le monde n'est pas libre en ce jour de fête de la liberté. La fête nationale ne résonne pas de la même façon pour tous les américains.

20260804_151501_edited.jpgDans Cora (photo 4) une simple gazinière blanche sur laquelle sont posés un plat de cornbread, une boîte de sel, une casserole, suffisent pour évoquer une présence humaine, celle de sa mère dont le prénom, extrait du mot cornbread, est inscrit en haut du tableau. Exemple parfait de l'art de l'artiste de suggérer une existence sans la montrer. Les couleurs très douces de l'ensemble contribuent à créer une ambiance sereine et accueillante. Bel hommage à sa mère.

20260804_152831_edited.jpgEn juxtaposant plusieurs scènes ou personnages dans une seule œuvre, H. Taylor a l'art de savoir raconter différents moments se déroulant simultanément. En voici un bon exemple avec Not alone (photo 5). Y sont peints trois hommes noirs chacun vaquant à des occupations différentes dans un intérieur exigu et encombré. Au premier plan l'un joue aux dominos, derrière lui un autre, assis sur une chaise, téléphone. Enfin, sur le côté droit, la tête d'un troisième apparaît avec, devant lui, une bouteille renversée, un plateau et un jeu indéfinissable. Les silhouettes des sculptures africaines dans le fond du tableau sont-elles présentes ou imaginaires ? Peu importe, mais elles occupent leurs esprits et ce passé commun semble bloquer toute possibilité de communication entre eux aussi bien qu'avec l'extérieur.

20260804_153045_edited.jpgLa grande simplicité formelle de Where thoughs provok getting deep in shallow water (photo 6) exprime la grande solitude du personnage sans visage et sans sexe qui, jambes pliées, tête penchée en avant, est assis dans une baignoire trop petite pour lui. Il est perdu dans ses pensées qu'on suppose très sombres. La légèreté des couleurs réduites au jaune et bleu clairs, appliquées comme de l'aquarelle, s'oppose a noir profond du personnage et contribue à l'immatérialité et à l'émotion que dégage l'ensemble.

20260804_152302_edited.jpgComme nombre d'artistes contemporains, dont Picasso fut un des premiers, Henri Taylor utilise des objets du quotidiens pour construire des tableaux relief. Il part de bidons qu'il peint d'un noir mat et déforme parfois pour donner un aspect de masque (photo 7). Il leur confère ainsi une présence monumentale et abstraite qu'on pourrait rapprocher de certaines œuvres d'Arman ou de Louise Nevelson.  Détournement ludique et poétique des arts dits "primitifs".

Comme vous pouvez le constater avec ces quelques exemples, l'attachement d'Henri Taylor à la communauté noire américaine est au cœur de son art. Il met la lumière sur leur vie quotidienne, sans la réduire à des clichés, mais avec toue la complexité et l'humanité qu'elle contient.

Henry Taylor. When thoughts provoke. Mussée Picasso, 5 rue de Thorigny, 75003-Paris. Jusqu'au 6 septembre 2026. Fermé le lundi, ouvert tous les autres jours de 9 h 30 à 18 h.

 

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