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22/04/2013

Julio Le Parc (par Sylvie).

Si vous avez la chance d'avoir des enfants autour de vous, emmenez les voir l'exposition de l'artiste argentin, né en 1928, Julio Le Parc, au Palais de Tokyo à Paris. Vous serez un peu désorientés dans cette demi obscurité où les lumières vrillent, éblouissent, les structures dansent et font chavirer, les miroirs transforment et perturbent la vision. Touchés par l'ingénuosité, la poésie, la fantaisie et la perfection du travail de cet artiste, votre curiosité cherchera le comment sont faites ces illusions d'optique qui tiennent de la magie. Les enfants, eux, vont instinctivement dialoguer avec les oeuvres, y mettre la main, actionner, pénétrer et s'en amuser follement. Le comble est atteint à la fin du parcours lorsqu'ils se faufilent dans la forêt dense et mobile de punching-balls suspendus au plafond. iIs s'y poursuivent, se bousculent, cognent ou prennent à bras le corps ces gigantesques  troncs blancs, mous et rassurants, qui figurent des personnages de la vie publique.                                                                                                      Quoi de surprenant ? Ils mettent en oeuvre le manifeste du GRAV (Groupe de recherche d'art visuel, fondé en 1960 par Le Parc et ses amis, Morellet et Soto entre autres, et qu'a largement fait connaître et soutenu feu la galeriste Denise René) : "Défense de ne pas participer, défense de ne pas toucher, défense de ne pas casser".

Tout ici bouge et fait bouger.  Peintures, sculptures, installations, d'une grande économie de moyens, sont une expérience sensorielle et ludique qui nous fait participer. De l'élément impalpable qu'est la lumière Le Parc tire toutes sortes d'effets volatils qui émerveillent, et, malgré soi, on se prend au jeu du pouvoir d'animation de notre va et vient: notre mouvement participe de l'oeuvre.  

Parmi bien d'autres voici quelques pièces réjouissantes qui en disent long sur les outils, les techniques et les effets avec lesquels l'artiste a joué pour nous offrir des oeuvres ouvertes qu'un rien métamorphose et qu'il ne tient qu'à nous de faire vivre.

julio-le-parc-cellule à pénétrer.jpgGEDC0016.JPGLe blanc et le noir sont très présents, blanc de la lumière, noir de l'ombre née du contrate. Deux exemples: La cellule à pénétrer adaptée, 2005 (à partir du Labyrinthe GRAV de 1963), est faite de lamelles de miroir suspendues. Les reflets créent une multitude de taches mobiles que fractionne l'entrelacs mouvant et imprévisible des bandes.(photo1)                                                 A travers les orifices de Continuel-lumière-mobile, la lumière passante dessine une sorte de voie lactée féérique où les constellations en mouvement tournoient en confettis, comme un envol de duvet (2).

GEDC0023.JPGGEDC0038.JPGSur le Continuel-lumière cylindre (1962-2005) l 'alternance des rayons lumineux qui se croisent donnent à la lune noire l'illusion d'un mouvement rotatif et cyclique. Le mécanisme déploie sur la surface un drapé savant et changeant, presque tactile.(3)                                         Lames réfléchissantes(2005). Pour peu que l'on se déplace devant ces entailles verticales dans le rouge, nait une autre forme en losange qui suit le regard du promeneur.(4).   

julio_le_parc___s__rie_15_1863_north_576x-Modulation 1125.jpgGEDC0028.JPGC'est une pure illusion d'optique, mais la cible, faite de cercles concentriques de couleurs pures, série 15n°18 -1971/2012, vibre et palpite.(5)                                 A travers les pièces de rhodoïd transparent qui composent  la sphère rouge (2001/2012), les faisceaux lumineux  modulent la couleur en différentes intensités et y tracernt une grille de lignes variables selon la place du spectateur(6).

GEDC0034(1).JPGLe souffle de quelque zéphir mécanique anime avec humour, de sa présence immaterielle, des objets quotidiens: là une balle de ping-pong en devient sautillante, ici une botte de rouleaux de papier de toilette souple s'érige en gerbe ondulante. La traine d'une robe de mariée? (7).

Je rappellerai que l'exposition s'ouvre sur un dispositif simple que les enfants adorent, les lames de rhodoïd souples: elles réfléchissent et déforment les silhouettes... qui se contorsionnent d'autant plus : il y a du rire dans l'air !

Julio Le Parc, Palais de Tokyo, av du Président Wilson,75016, Paris. Jusqu'au 13 mai 2013

02/04/2013

Rafael SOTO (par Régine)

Non, l'Argentine n'a pas exporté que le Tango et les écrits de Borges. Heureusement pour nous une multitude d'Argentins talentueux - la plupart ayant fui la dictature - sont venus s'installer en France : ainsi les metteurs en scène Alfredo Arias et Gérôme Savary, les écrivains Copi, Julio Cortazar, Sylvia Baron Supervielle et parmi eux les artistes Rafaël Soto et Julio Le parc. Tous deux ont su insuffler une dynamique nouvelle à l'art français des années 1960 en y introduisant le mouvement et en rendant le spectateur actif devant leurs oeuvres.

L'art cinétique est à l'honneur en ce moment à Paris. Plusieurs galeries en exposent, le 4ème étage de Beaubourg montre les pièces de la dation Rafaël Soto mort en 2005, le Palais de Tokyo consacre une grande rétrospective à Julio Le Parc et enfin vient de s'ouvrir au Grand Palais une exposition intitulée "Dynamo" retraçant l'histoire de ce mouvement.

Je n'ai pas encore vu "Dynamo" mais les expositions Soto et Le Parc sont de vrais bonheurs, non seulement parce qu'elles sont belles, mais aussi parce qu'elles entraînent dans une autre dimension, stimulent l'esprit et les sens, destabilisent, bref vous enchantent.

Attardons-nous sur celle de Soto dont les pièces judicieusement choisies donnent une idée générale de son travail. Tout au long de sa vie cet artiste n'aura eu de cesse de tenter de rendre visible les vibrations de l'univers, de capter l'impermanence du réel et de saisir l'espace-temps. Mais comment parvenir à piéger des réalités aussi complexes ? Soto va chercher, tâtonner et essayer différents matériaux que cette exposition décline pour notre plus grand plaisir.

La découverte dans les années 1950 du travail de Moholy Nagy et de son usage de substances transparentes va servir de déclic pour une série d'oeuvres sur plexiglas. "Dynamique de la couleur" de 1957 (67 x 67 x 28) en fournit un bel exemple (photo 1)GEDC0014.JPG. Elle se compose de deux éléments superposés mais séparés l'un de l'autre par quelques centimètres : un fond en bois régulièrement striés verticalement de noir et de blanc et une surface en plexiglas également striée mais de lignes colorées de différentes longueurs, disposées soit verticalement, soit en diagonales ; lorsqu'on se déplace devant elles, les stries s'entrelacent, se tressent, provoquant un effet vibrant qui libère les couleurs.

Voulant faire sentir la vibration au delà de l'oeuvre elle-même l'artiste va opter pour le métal. Regardons "Vibration jaune" de 1965 (photo 2)GEDC0019.JPG. Soit un carré de 106 x 106 cm partagé en deux zones, celle du haut peinte dans un jaune lumineux, celle du bas striée régulièrement de noir et de blanc. Devant cette dernière sont suspendues des baguettes métalliques, également peintes en jaune, si fines qu'elles se courbent et frémissent au moindre souffle provoquant une onde qui se propage alentour et envahit la zone monochrome. C'est d'une grande beauté et on reste saisi par sa simplicité et son élégance.

Puis ce sera la série des T, petits éléments métalliques en forme de T fixés de façon régulière sur un fond en bois dans le sens des stries qui y sont peintes. Lorsqu'on bouge devant ces oeuvres une intense vibration optique se produit et nous voilà piégés dans un champ de forces qui nous échappe totalement GEDC0030.JPG(photo 3 et 4)GEDC0031.JPG.

Fasciné par l'oeuvre de Malevitch et par celle de Mondrian, par les carrés du premier et surtout par le tableau "Boogie, Woogie" du second, il va associer aux T des carrés de différentes couleurs. "Senegales" de 1988 (photo 5) GEDC0029.JPGen est une belle illustration. Devant une grande surface carrée (203 x 203) dont les deux tiers supérieurs sont rayés et le tiers inférieur uniformément blanc sont dispersés, à distance égale, des carrés colorés de différentes tailles. Le mouvement émane d'une illusion optique créée par les différences d'intensité des couleurs. Certains carrés semblent avancer tandis que d'autres reculent.

Les inventions se multiplient et prennent différentes formes. Une "Extension" de 1988 (photo 6)GEDC0046.JPG couvre au sol plusieurs mètres carrés ; une multitude de tiges de couleur rouge et prune y ondulent au grès de votre déplacement, semblent suivre votre corps, répondre à vos gestes. Un "Cube pénétrable" (photo 7)GEDC0036.JPG propose d'éprouver la réalité de l'univers, sa fluidité, sa multi-dimensionnalité, sa flexibilité. Et si vous l'observez bien avant d'y pénétrer votre oeil discernera un carré rouge qui flotte en son centre, là où l'artiste a peint en couleur une partie des tiges vous invitant à voir ce volume virtuel, c'est-à-dire qui n'existe que si votre oeil l'a reconstitué. 

La ravissante petite sculpture intitulée "Cube bleu interne" de 1976 (50 x 50 x 32) (photo 7) GEDC0043.JPGest construite sur le même principe. Le cube bleu cobalt qui flotte en son milieu l'iradie et la dématérialise totalement.

En nous faisant participer au fonctionnement de ses oeuvres Soto nous invite à un parcours plein de surprises et de plaisir esthétique. Comme celle de Le Parc au Palais de Tokyo voilà une exposition qui procure du bonheur. Vive l'Argentine !

Centre Pompidou - 4ème étage - Place Georges Pompidou, 75004-Paris.  (01 44 78 12 33) Soto. Jusqu'au 20 mai. Tous les jours sauf mardi de 11 h à 21 h.