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18/03/2012

Le Néon béatifié. (par Sylvie)

A t'on encore peur du néon ? La réponse est evidemment non. Et l'exposition qui se tient à la Maison Rouge à Paris l'atteste. C'est la première fois, une première mondiale, que se trouve donnée à voir une synthèse des oeuvres d'art réalisées avec ce médium. Décidemment 2012 aura été propice à sa reconnaissance puisqu'on a pu voir une exposition de Dan Flavin chez Perrotin, une oeuvre de Goude aux Arts Décoratifs et l'an passé une rétrospective Morellet (voir la note de Régine en mars 2011).

 La Maison Rouge célèbre ainsi les 100 ans du premier tube au néon, mis au point par le chimiste Georges Claude, qui a permis l'avènement de l'éclairage industriel, de la publicité lumineuse et les détournements qu'en ont fait les artistes, en propos très divers.                                                

Ce sont des oeuvres datant du dernier demi-siècle ou des 20 dernières années, de 83 artistes de nationalités et de générations différentes. Les plus anciennes, celles du hongrois Gyula Kosice et de l'italien Lucio Fontana, remontent aux années 40.                                                                             

Mais que font'ils donc tous avec ces tubes, des tubes si fragiles et, a priori, si ingrats ?

Delphine Reist propose à la fin de l'exposition une video d'un humour noir, preuve que ce matériau ne décourage en rien les artistes (Averse, 2007): d'un plafond tombe, les uns après les autres, les tubes qui éclairent la pièce; on voit la culbute et, surtout, on entend le son très particulier du verre sur le sol. Absurdité totale.

Ne  cherchons pas de grands aplats de couleur. Le néon est tubulaire. Il éclaire, créé une ambiance colorée ou trace des lignes.                                                                                                                                            Avec Carlos Cruz Diez, c'est une immersion dans un espace entier coloré (chromosaturation, 1965-2011), annonçant les travaux de James Turrell. C'est magique. (photo 3).                                          

Le tube lui-même, rigide ou incurvé, est propre à l'écriture ou au dessin. Et les tenants de ces moyens d'expression semblent aussi à l'aise avec ces bâtons de verre qu'avec leurs crayons habituels. Et ils restent fidèles à eux-mêmesl.

Joseph Kosuth- five fives, 1965_ 028.jpgClairet et Jugnet, A contre courant- 2005- 021.jpgCarlos-Cruz-Diez_ chromosaturation-2011.jpgPour le minimaliste et conceptuel Joseph Kosuth, l'énoncé décrit la matérialité. Alors il aligne des chiffres en lettres rouges (Five fives, 1965). Qui veut voir l'oeuvre doit la lire. Une  raideur austère anime cette succession de majuscules monochromes ! (photo 1)

Quel charme, au contraire, dégage l'oeuvre poétique de Clairet et Jugnet (A contre-courant, 2005) où le mot, en écriture manuscrite toute en rondeurs, semble lutter contre le courant, poussée d'un côté, tirée de l'autre comme un voilier sur la vague, accompagnant le mouvement.( photo 2)

Sigalit Landau- go home, 2009- 022.jpgAlain-Sechas_ Maryline-2003.jpgLe langage et son support sont parfois contradictoires. Sigalit Landau a remplacé les resistances de vieux appareils de chauffage par des mots écrits en néon. Elles sont toujours rougeoyantes - et dangereuses? -  mais contredisent la chaleur physique attendue par des mots agressifs (Go home, 2009. photo 4)

Jean-Michel Alberola poursuit l'introduction de formes tronquées et de mots dans ses oeuvres. En néon comme à l'huile. Nous laissant toujours un peu dans le malaise. Les lettres de" Rien" ( 2011), bleues sur fond bleu hypnotique, dessinent un crâne, comme en 1995 " L'effondrement des enseignes lumineuses".  Le médium fluorescent  appelle une réflexion métaphysique.

L'humour burlesque d'Alain Séchas trouve à railler notre époque et ses  héroïnes de cinéma avec son chat dont les grands cils battent rythmiquement ... et artificiellement. (Maryline, 2003. photo 5).

Martial Raysse, about neon (obeliskII) 1964- 002.jpgPierre-Malphettes_la fumée blanche-2010_ 031.jpgmorellet_neon_Rene.jpgJason Rhoades (id)- 024.jpgTenant du Nouveau Réalisme Martial Raysse a fait entrer la société de consommation et le monde des objets dans ses peintures et ses tableaux-objets. Le néon n'y a pas échappé. La sculpture présentée ici (About Néon /Obelisk II, 1964) semble être une ode triomphante à ces "objets du désir" de l'époque. Signes clinquants des trente glorieuses.(photo 6).

A une société d'abondance répond un foisonnement de mots. L'installation de Jason Rhoades restitue la cacophonie et l'ambiance joyeuse des réunions qu'il organisait chez lui à Los Angeles. (Sans titre, 2004. photo 9).

Je terminerai par deux oeuvres qui m'ont particulièrement enchantée parmi les 108 qui composent l'exposition. Elles ont en commun de dessiner des trajectoires.

Phénomène naturel, les lignes ondulatoires lumineuses de Pierre Malphettes évoquent la fugacité des volutes de fumée blanche (La fumée blanche, 2010) malgré la rigidité tubulaire. (photo7)

Avec trois rectangles verticaux qui s'allument et s'éteignent en déphasage (Néon dans l'espace, 1969/96), François Morellet construit avec la rigueur de l' abstraction géométrique, un volume invisible et mouvant. Laissée dans l'oeil du spectateur par les flashs, l'image résiduelle créé un enchainement des images réelles en un mouvement rotatif. On est complètement désorienté. C'est vertigineux! (photo 8).

 Néon, who's afraid of red, yellow and blue? A la Maison Rouge, fondation Antoine de Galbert, 10  bd de la Bastille, 75012. Paris. Tel:01 40 01 08 81. Du mercredi au dimanche de 11h à 19h. Jusqu'au 20 mai 2012.